16 avril 2008
"Le garçon en pyjamalu trayé", roman de Johnny boygleu
LE GARçON EN PYJAMA RAYE DE John BOYNE, Gallimard « Folio Junior » n° 1422, 2006, 204 p. ISBN 2-07057069-X 5,50 € (traduit de l’anglais)
OBJECTIFS : étudier une œuvre intégrale en relation avec le programme d’histoire de BEP ou de 3ème de collège : le génocide juif pendant la Seconde Guerre
John BOYNE John Boyne est né à Dublin, en Irlande, en 1971. Après des études de littérature, vers l’âge de vingt ans, il commence à écrire des nouvelles, dont certaines paraissent dans la presse. Le Garçon en pyjama rayé est son quatrième roman et son premier ouvrage destiné à la jeunesse. Cependant, cette fiction a su interpeller les lecteurs de tous âges. Traduit en dix-sept langues et couronné par de nombreux prix, comme le Irish Book Award Children’s Book of the Year ou le Irish Book Award Listener’s Choice Book of the Year, ce livre fait actuellement l’objet d’une adaptation au cinéma. |
Séance 1 : chapitre 1 : « Bruno fait une découverte »
Problématique : par quels procédés l’auteur montre-t-il que le déménagement de la famille est vécu par le héros comme un événement inquiétant ?
Relevez les indices spatio-temporels : une belle maison à Berlin
le Fourreur (les allusions à Hitler et au camp d’extermination d’Auschwitz situent le récit dans les années 1940, celui-ci ayant été créé en mai 1940)
2. Quel est le personnage principal ? Quels en sont les indices ? C’est le premier personnage qui apparaît dans la narration ; le déménagement est vu à travers lui, d’un point de vue interne (le Fourreur, « faire des bêtises », en se demandant si la nouvelle maison dans le nouvel endroit du nouveau travail aurait une rampe aussi formidable que celle-ci pour les glissades). Le titre du roman laisse supposer qu’il est écrit d’un point de vue interne car ce que Bruno nomme « pyjama rayé » est l’uniforme que portent les prisonniers du camp d’Auschwitz. Le titre évoque surtout Shmuel, jeune Juif polonais que Bruno rencontre au chapitre 10, mais aussi Bruno lui-même (qui se fait passer pour un détenu au chapitre 19).
Dressez son portrait physique et psychologique : il s’appelle Bruno ; on ignore son âge (on apprend p. 28 qu’il a neuf ans) ; il n’est pas décrit physiquement (mais on apprend p. 28 qu’il est de petite taille pour son âge) ; il vit avec ses deux parents et sa sœur Gretel, avec laquelle il ne s’entend pas très bien ; il est issu d’un milieu social aisé (bonne, majordome, cuisinière) ; respecte ses parents (Mère, Père) et les domestiques; il a un père militaire (uniforme épatant) ; il a reçu une éducation stricte et se montre soucieux de respecter les règles de politesse et les interdits qu’ils lui ont fixés.
3. Pour quelle raison toute la famille doit-elle déménager ?
Le Fourreur exige que Père se rende quelque part pour un travail particulier, un travail très important, qui requiert un homme exceptionnel. Sa famille doit l’accompagner.
4. Quels sentiments Bruno éprouve-t-il face à cette nouvelle ? Il est surpris et contrarié (p. 7), inquiet (p. 8) lorsqu’il trouve Maria en train de faire sa valise, il culpabilise car il se demande s’il s’agit d’une punition (p. 8). Il éprouve un sentiment d’injustice à l’idée que tous les membres de la famille et les domestiques doivent accompagner Père. Il est surpris lorsque sa mère lui dit que le nouveau lieu de travail de Père est très loin et qu’il devra dire adieu à ses camarades de classe (p. 12), ce qui le rend triste (p. 14).
Comment son inquiétude se manifeste-t-elle ? 1. Il pose beaucoup de questions à Mère : il veut savoir pourquoi ils partent, où ils se rendent (réponse très vague : quelque part, à plus de un kilomètre), qui s’occupera de la maison en leur absence. Il se demande également si la nouvelle maison aura une rampe pour faire des glissades, et si ses grands-parents vont venir avec eux. 2. Cette inquiétude se manifeste aussi par le fait qu’il enfreint certaines règles de politesse : il interrompt sa mère (p. 12) et élève la voix (p. 13)
Quels inconvénients le dérangent particulièrement ? (p. 12-14) Le fait de ne plus voir ses trois camarades de classe préférés et de ne pouvoir réaliser leurs projets communs, le fait que leur nouvelle maison n’aura peut-être pas de rampe se prêtant aux glissades.
5. Comment Mère réagit-elle à ce déménagement ? Cet événement semble la perturber : p. 8 : elle se tordait nerveusement les mains comme si elle refusait à devoir dire ou croire quelque chose. […] Elle poussa un soupir et lança les mains en l’air en signe d’exaspération. p. 9 : elle avait les yeux plus rouges qu’à l’accoutumée.
p. 11 : Mère soupira et parcourut la pièce du regard comme si elle ne devait jamais plus la revoir. p. 12 : Oh, s’exclama Mère en riant d’un drôle de rire, car elle n’avait pas l’air gaie du tout et se retourna, comme si elle voulait lui cacher son visage.
p. 15 : Il l’entendit élever la voix puis Père parla plus fort qu’elle, ce qui mit un terme à leur conversation (ce qui consiste, comme pour son fils, à enfreindre une des règles de politesse à l’intérieur de la maison ; elle transgresse une autre règle en entrant dans le bureau de Père.) Elle répond à certaines questions de son fils avec embarras et parcimonie, en particulier sur le travail de son père, ce qui suscite de la part de Bruno d’autres questions plutôt que de satisfaire sa curiosité et celle du lecteur.
Conclusion sur la façon dont le déménagement est vécu : à travers les réactions des personnages (Bruno et sa mère) et par l’utilisation du point de vue interne, l’auteur présente ce déménagement comme un événement très perturbateur, aux motifs non entièrement élucidés, ce qui nous incite à poursuivre la lecture.
Chapitre 2 : « La nouvelle maison » : résumé : Bruno découvre sa nouvelle maison, bien différente de l’ancienne car située dans un endroit désolé, au milieu de nulle part. Il a envie de retourner à Berlin, mais ce n’est pas possible. Il fait la connaissance d’un des soldats de son père, qu’il juge « trop sérieux », le lieutenant Kotler. Par une fenêtre, il aperçoit un spectacle « qui le remplit de crainte et de froid ».
Chapitre 3 : « Le cas désespéré » : Raisons pour lesquelles Bruno ne s’entend pas avec Gretel, sa sœur aînée. Ils sont juste d’accord sur un point : ils détestent « Hoche-Vite », cet endroit hostile où ils vivent désormais. Même les enfants d’ici ne paraissent pas sympathiques à Bruno. Gretel, qui ne les a pas encore vus, se met à les regarder par la fenêtre de sa chambre.
Séance n° 2 : chapitre 4 : « Ce qu’ils voient par la fenêtre »
Problématique : étudier la manière dont s’exprime l’incompréhension des enfants, qui découvrent Auschwitz et l’observent.
PAR QUEL TERME LES ENFANTS DESIGNENT LE LIEU QU’ILS DECOUVRENT (p. 35, 37, 39, 41) |
cet endroit ; un endroit pareil ; cet endroit ; un endroit aussi horrible |
REACTIONS PHYSIQUES (p. 35, 37,38) |
bouche bée elle referma la bouche serra les lèvres, fronça les sourcils |
QUESTIONS QUI RESTENT SANS REPONSE (p. 35, 37, 39, 40, 41, 42) |
C’est qui ? […] C’est quoi cet endroit ? Qui voudrait construire un endroit pareil ? Si c’est la campagne comme tu le dis, où sont les animaux ? Qui sont tous ces gens ? […] Et que font-ils là ? Pourquoi Père a-t-il accepté un travail dans un endroit aussi horrible, avec autant de voisins ? Pourquoi tous ces gens portent-ils la même tenue : un pyjama gris rayé et un bonnet assorti ? |
EXPRESSIONS MONTRANT LEUR INCOMPREHENSION TOTALE (p. 35, 41, 42) |
Je ne sais pas.Cela n’a pas de sens. C’est incroyable. |
FAITS QUI LES INTRIGUENT ET LEURS TENTATIVES POUR LES EXPLIQUER : -p. 35 : ils ne voient ni filles, ni mères, ni grand-mères. -p. 37 : les maisons n’ont pas d’étage et sont très basses. -p. 38 : ils se trouvent face à un grand espace nu/une immense étendue. -p. 41 : avec brutalité, les soldats obligent les enfants à se mettre en rang. -p. 41-42 : les enfants paraissent très sales. |
Explication : peut-être vivent-elles ailleurs. Explication : ce sont sûrement des maisons modernes. Explication : ce doit être la campagne. Explication : il doit s’agir d’une sorte de répétition. Explication : peut-être n’ont-ils pas de baignoires. |
CONNAISSANCES SUR LESQUELLES ILS FONDENT LEURS HYPOTHESES (p. 38, 40, 41) |
les cours de géographie, les jeux, les comparaisons entre le camp et Berlin |
Conclusion sur l’incompréhension de Bruno et Gretel : mettre en évidence l’échec des enfants : ils se rendent compte qu’ils se trouvent dans un univers étrange, mais bien qu’ils rivalisent d’hypothèses pour tenter de comprendre ce qu’ils voient (cf. dialogue argumentatif p. 38-39 : Gretel use en vain de son statut d’aînée et d’élève brillante), ils ne sont pas eux-mêmes convaincus par ces hypothèses.
Leur naïveté est toute relative car :
-nous disposons, par rapport à eux, d’un recul historique d’une soixantaine d’années
-ils pressentent, malgré leur jeune âge, qu’il se passe quelque chose de terrible sans pouvoir le nommer : l’horreur de la « solution finale ».
Prolongement : La création littéraire : John Boyne n’a pas connu cette période historique personnellement. D’après vous, de quelles sources a-t-il pu s’inspirer pour décrire le camp de concentration d’Auschwitz ? Livres et films documentaires, témoignages de rescapés, visite du camp.
Lisez cet extrait de l’ouvrage documentaire L’Etat SS : le système des camps de concentration allemands (KOGON, Eugen. Seuil, Points Histoire H158,
2-02-014136-1, édition de 1993, 9,45 €, traduit de l’allemand) et dites quelles informations sont communes avec le texte de fiction de John Boyne.
Pour établir des camps de concentration, la SS la SS la SS On délimitait généralement une étendue de terrain suffisante pour pouvoir contenir les SS et de 10 000 à 20 000 détenus. Pour ces derniers, on ne réservait que la plus petite partie. La construction du camp commençait par la construction des logements de la SS Chaque camp comportait trois zones : le camp proprement dit à l’intérieur des barbelés ; la zone de la Kommandantur La zone de la Kommandantur Les cités SS étaient la plupart du temps disposées en cercle autour du camp, en des points bien choisis et dans un paysage le plus agréable possible. […] La zone des barbelés formait un affreux contraste avec la Kommandantur |
Faire remarquer en particulier le contraste que perçoit Gretel entre les deux paysages différents s’étendant de part et d’autre de la barrière.
Possibilité de situer sur un plan d’Auschwitz les zones décrites dans le chapitre 4.
Chapitre 5 : « En aucune circonstance et sous aucun prétexte » : Avant de quitter la maison de Berlin, Mère a eu un moment de tristesse. Bruno n’a pas été en contact avec Père depuis leur arrivée à Auschwitz. Il va le voir dans son bureau pour lui dire que leur nouvelle maison ne lui plaît absolument pas et tenter de le convaincre de partir, mais Père est inflexible : ils y sont pour un laps de temps indéterminé. Lorsque l’enfant l’interroge sur tous ces gens dehors, habillés pareils, il lui répond que « ce ne sont pas des gens ». Avant de quitter le bureau, Bruno doit faire le salut nazi, dont il ignore la véritable signification.
Chapitre 6 : « La bonne trop bien payée » : Bruno demande à Maria, la bonne, si elle déteste « Hoche-Vite » autant que lui. Il espère ainsi faire d’elle une alliée qui l’aiderait à convaincre Père de retourner à Berlin, mais elle hésite à répondre. Comme il semble très fâché contre Père, elle lui raconte que c’est un homme bon car il l’a prise à son service alors qu’elle était en difficulté et il a aidé sa mère qui travaillait pour sa famille. Elle lui conseille de se résigner à sa nouvelle situation. Bruno songe à s’enfuir mais il n’ose pas le faire.
Chapitre 7 : « Mère s’attribue le mérite de quelque chose qu’elle n’a pas fait » : Bruno se rappelle un voisin, à Berlin, qui était devenu fou après avoir pris part à la Grande Guerre.
Chapitre 8 : « Pourquoi Grand-mère est partie comme une furie » : Grand-père et Grand-mère, qui sont restés à Berlin, manquent beaucoup à Bruno. Il se souvient des spectacles qu’elle mettait en scène à l’occasion de réunions familiales. Lorsque Père est devenu « commandant » après la visite du « Fourreur », Grand-Mère a critiqué son nouvel uniforme tandis que Mère et Grand-Père se sont montrés satisfaits de cette promotion. Grand-Mère a quitté la réunion, très fâchée. Bruno écrit une lettre à Grand-Mère pour lui faire part de son affection.
Chapitre 9 : « Bruno se souvient qu’il aimait explorer » : Père et Mère décident que Bruno et Gretel doivent reprendre leurs études. M. Liszt, précepteur, axe son enseignement sur l’histoire des origines, la mère patrie. Pour tromper l’ennui, Bruno décide d’explorer « Hoche-Vite ». Il s’interroge sur la présence des soldats et des « gens en pyjama », puis il commence l’exploration du camp malgré l’interdiction de ses parents.
Séance n° 3 : chapitre 10 : « Le point qui devient une tache qui devient une forme qui devient une silhouette qui devient un garçon »
chapitre 12 : « Shmuel se demande que répondre à Bruno »
Problématique : Première rencontre entre Bruno et Shmuel : sur quoi repose l’amitié qui va naître entre eux ?
1. Par quel procédé cinématographique l’auteur fait-il apparaître le jeune garçon à
Bruno ? (p. 102) zoom avant
2. Relevez toutes les différences et tous les points communs entre Bruno et Shmuel.
Différences : Bruno est allemand (fils d’un nazi), libre/Shmuel est polonais (fils d’un Juif déporté), prisonnier ; Bruno porte des vêtements civils et vit dans le confort/Shmuel porte l’uniforme des détenus et vit dans le dénuement ; Bruno est en bonne santé/Shmuel ne semble pas bien portant (peau presque grise ; Bruno était certain de n’avoir jamais rencontré de garçon aussi maigre) ; Bruno est seul alors que Shmuel a beaucoup d’ «amis» ; Bruno ne parle que l’allemand alors que Shmuel parle plusieurs langues ; Bruno mange à sa faim alors que Shmuel souffre de la faim.
Ressemblances : ils sont nés le même jour ; ils sont associés tous les deux à un signe distinctif (Shmuel porte un brassard orné d’une étoile/le père de Bruno porte un brassard rouge avec un dessin noir et blanc) ; tous deux sont tristes (à des degrés différents) ; ils s’étonnent de leurs prénoms respectifs, puis s’y habituent ; ils parlent la même langue : l’allemand ; chacun pense que son pays est le plus beau ; tous deux sont nostalgiques du passé ; tous deux ont déménagé à cause du « Fourreur », sans qu’on leur demande leur avis, et sont déracinés ; ils ont été tous les deux malmenés par un adolescent (Bruno par Gretel/Shmuel par Luka) ; ils n’ont ni l’un ni l’autre le droit de se trouver à cet endroit du camp.
3. La découverte de Shmuel par Bruno est le « résultat » de son goût pour l’exploration. Quelle conception Bruno a-t-il de l’exploration et du métier d’explorateur ? Dès le chapitre 2, le lecteur apprend ce goût, que Bruno a mis en pratique dans la grande maison de Berlin. A Auschwitz, cette activité lui sert à tromper l’ennui, mais il voudrait en faire son métier. Il ne connaît l’exploration qu’à travers les livres et pense que cela réserve des surprises, qui en valent la peine ou pas.
4. Comment chaque enfant aborde-t-il la situation présente ? Shmuel raconte avec dignité et pudeur les péripéties douloureuses qu’il a vécues. Bruno réagit à ce récit avec beaucoup de naïveté, se plaignant de contrariétés bien dérisoires (couvre-feu, maison moins agréable) en comparaison avec les conditions de vie de Shmuel, mais il remarque la maigreur excessive de son nouvel ami et préfère tenir leur rencontre secrète, ce qui laisse supposer qu’il pressent quelque chose d’anormal. Si Shmuel semble plus mature, il est ignorant lui aussi de l’horreur de la tragédie dans laquelle ils sont impliqués. Par exemple, quand il dit à Bruno : « Tu es du mauvais côté de la barrière. », cette phrase a un sens figuré qu’il ne soupçonne pas.
5. Que symbolise cette barrière qui sépare les deux enfants ? pays en guerre, bourreaux/victimes, Juifs/non-Juifs, idéologies différentes…
Conclusion sur l’amitié entre Bruno et Shmuel : l’attachement qui naît entre ces deux enfants que tout sépare repose sur les similitudes qu’ils se découvrent. Leur amitié, faite de spontanéité, d’intelligence et de respect (Nous ne sommes pas du même avis, nous devons l’accepter, dit Bruno) contraste avec l’étroitesse d’esprit des adultes en guerre et invite à la tolérance.
LE GHETTO DE CRACOVIE (cf. p. 123-124) Le 3 mars 1941, le gouverneur de la région de Cracovie, Otto Wächter, ordonne la création d'un ghetto à Cracovie. Tous les Juifs restant à Cracovie doivent y entrer au 20 mars 1941. Le territoire du ghetto couvre une surface de 20 hectares La plupart des immeubles sont vieux et mal entretenus. Avant la guerre, environ 3 000 habitants vivaient dans le secteur de ghetto, maintenant, plus de 15 000 s’y entassent. Selon le règlement, quatre familles doivent partager un appartement. En raison du surpeuplement, beaucoup de personnes passent leur journée dans les rues. En octobre 1941, arrivent 6 000 Juifs supplémentaires des villages environnants. La faim devient un problème lancinant car la nourriture est rationnée. La plupart des Juifs travaillent dans des ateliers et les usines du ghetto, en grande partie pour le compte de la Wehrmacht la Luftwaffe. Ils Dans la seconde moitié de 1942, les Allemands déportent environ 13 000 personnes du ghetto. La plupart des déportés sont envoyés au camp d’extermination de Belzec, et quelques-uns à Auschwitz, à 65 km A la mi-mars 1943, les Allemands détruisent le ghetto de Cracovie. Plus de 2 000 personnes sont déportées à Auschwitz-Birkenau, où elles sont exterminées. Cracovie est libérée par l’armée soviétique en janvier 1945. www.encyclopedie.bseditions.fr |
Chapitre 11 : « Le Fourreur » : quelques mois plus tôt, le « Fourreur » est venu dîner à la maison en compagnie d’Eva (Braun). Père a exposé à Bruno et Gretel les règles à observer en sa présence. Bruno a apprécié Eva, mais a trouvé que le « Fourreur » était un « homme horrible ». Après leur départ, Bruno a entendu une conversation animée entre Père et Mère.
Chapitre 13 : « La bouteille de vin » : Bruno s’habitue à sa nouvelle vie. Un jour, il demande à Maria des explications sur Pavel qui lui a dit qu’il était médecin alors qu’il est maître d’hôtel. Puis il rejoint Shmuel, à qui il parle de Pavel et ils évoquent leurs futurs métiers ainsi que le lieutenant Kotler. Ce soir-là, le lieutenant dîne avec la famille. Bruno se plaint à Père de M. Liszt : il ne leur fait étudier que l’histoire et la géographie. Puis un incident oppose Père à Kotler : le lieutenant parle de son père qui a quitté l’Allemagne pour la Suisse
Chapitre 14 : « Bruno raconte un mensonge parfaitement justifié » : un après-midi, alors que Bruno ne peut aller retrouver Shmuel à cause de la pluie, il parle à Gretel, sans le vouloir, de son nouvel ami. Puis il ment en lui disant que c’est un ami imaginaire.
Séance 4 : chapitre 15 : « Quelque chose qu’il n’aurait pas dû faire » :
Problématique : par quels procédés l’auteur crée-t-il un personnage antipathique : le lieutenant Kotler ?
1. En vous basant sur ces anecdotes (p. 155-156), trouvez des adjectifs qui décrivent la personnalité du lieutenant. séducteur, charmeur, intriguant, moqueur, méprisant, méchant, brutal, violent, inculte, bref très antipathique malgré son jeune âge (19 ans) et un physique avenant.
2. Quels sentiments Bruno éprouve-t-il pour le lieutenant ? (p. 158) colère, frustration, sentiment d’injustice
3. Pourquoi le lieutenant a-t-il choisi Shmuel parmi d’autres détenus pour travailler dans la maison du commandant ? Il faut laver de petits verres pour préparer la réception donnée à l’occasion de l’anniversaire de Père et ce travail nécessite d’avoir des doigts fins.
[On relèvera le peu de réalisme de cette situation car c’est précisément Shmuel qui est choisi parmi des milliers d’enfants prisonniers. Quel est l’intérêt dramatique de ce choix ? Montrer la différence de traitement entre les deux enfants ? Mise à l’épreuve de leur amitié ?]
4. Comment la terreur qu’éprouve Shmuel vis-à-vis du lieutenant se manifeste-t-elle? (p. 162-165)
–l’expression de son visage (air désespéré, yeux terrifiés), qui traduit le dilemme qui l’habite (manger ou ne pas manger)
-la rapidité avec laquelle il dévore les tranches de poulet : d’abord parce qu’il souffre de la faim, ensuite parce qu’il a peur d’être surpris par Kotler
-le fait qu’il tremble de peur lorsque le lieutenant apparaît dans la cuisine
-son incapacité à prononcer un mot lorsque Kotler l’accuse d’avoir volé de la nourriture
-le regard que porte Bruno sur sa peur : Il n’avait jamais vu personne avoir aussi peur que Shmuel …
-son désir de mourir (p. 165)
-le fait qu’il tremble de peur à l’idée de casser un verre
5. Comment la peur qu’éprouve Bruno se traduit-elle ? (p. 164) Que pensez-vous de son attitude à l’égard de Shmuel ?
Malgré son attitude bravache (p. 161), il est aussi terrifié que Shmuel par le lieutenant car il a déjà été témoin à plusieurs reprises de sa violence, et il nie connaître le garçon (par trois fois, comme Pierre reniant le Christ).
6. Que pensez-vous du jugement que Bruno porte sur lui-même : « Il n’aurait jamais imaginé se conduire de façon aussi cruelle. » ? (p. 165-166)
7. Quel acte rend le lieutenant particulièrement odieux ? (p. 166) Le fait de frapper un jeune enfant à bout de forces, ce qui est d’une lâcheté et d’une inhumanité extrêmes. [Cet acte est présenté sous forme d’ellipse.]
8. Relever l’ambiguïté de l’affirmation de Shmuel : « Je ne sens plus rien », « Je ne sens plus rien à présent » (p. 166-167). Cela peut signifier : « Je suis guéri » parce qu’il cherche à rassurer Bruno, mais cela signifie certainement qu’il a tellement enduré de coups qu’il est au-delà de la douleur.
Conclusion sur la personnalité de Kotler : la brutalité, la cruauté, la méchanceté, le sadisme de Kotler contrastent avec la dignité et le courage des deux enfants. Bien qu’il les fasse souffrir physiquement (Shmuel) et moralement (Bruno), il ne peut briser leur amitié, qui sort renforcée (les deux garçons se serrèrent la main et se sourirent).
Séance 5 : chapitre 16 : « La coupe de cheveux » : Problématique : en quoi l’approche qu’ont Bruno et Gretel d’Auschwitz diffèrent-elles désormais ?
1. Récapituler, dans les chapitres précédents, tous les indices de la « solution finale » et de l’idéologie nazie que les enfants ont remarqués.
-chapitre 4 : « Ce qu’ils voient par la fenêtre » : cf. séance 2
p. 55 : « Ce ne sont pas des gens … »
-p. 56 : Heil Hitler !
-p. 75-76 : Kotler insulte Pavel
-p. 82-84 : Pavel, le maître d’hôtel, est en réalité médecin ; Mère dit que c’est elle qui a soigné Bruno. p. 133 : Bruno comprend qu’il « n’a plus le droit [d’être médecin] ».
p. 89-91 : Grand-Mère critique l’uniforme de Père, dit qu’elle a « honte de [son] fils » et se fâche avec lui.
p. 96 : M. Liszt veut apprendre aux enfants « d’où [ils viennent] ».
p. 100 : l’inscription sur « le banc avec sa plaque »
p. 108 : bribes de conversations entre Père et Grand-Père : « Nous sommes supérieurs. »
chapitre 11 : la visite du « Fourreur » ; p. 119 : discussion entre Père et Mère
chapitre 12 : p. 122 : l’étoile jaune, la croix gammée ; récit par Shmuel de sa déportation
p. 138 : « Nous corrigeons l’histoire actuellement ».
p. 141 : Père soupçonne le père de Kotler d’avoir quitté l’Allemagne parce qu’il est un
opposant au régime.
p. 142 : Kotler frappe Pavel.
p. 165-166 : Kotler frappe Shmuel.
2. Un an s’est écoulé depuis que Bruno a quitté Berlin. Quels détails montrent que le temps a passé ? (p. 168) Ses souvenirs de son ancienne vie se sont estompés ; il se rend compte qu’il a grandi physiquement.
A quoi voit-on que Gretel a évolué psychologiquement ? (p. 171) Elle a jeté ses poupées (sur lesquelles l’auteur insiste au début du roman (p. 27 : une impressionnante collection de poupées) et les a remplacées par des cartes de l’Europe.
3. Qu’est-ce qui intrigue particulièrement Bruno ? La barrière. Quelle démarche entreprend-il pour tenter de comprendre la situation ? Il questionne Gretel.
4. Relevez les expressions qui montrent que Gretel est devenue perméable à l’idéologie raciste nazie (p. 173-174). Parce qu’il faut qu’ils restent entre eux. … avec ceux de leur espèce. C’est pour cela qu’ils doivent rester entre eux. Et ne pas se mélanger avec nous. Bien sûr que non, nous ne sommes pas [juifs]. Et tu ne devrais même pas dire une chose pareille. Non, c’est nous qui ne les aimons pas, espèce d’idiot.
Elle considère cette situation comme une évidence.
5. Les explications de Gretel lui paraissent-elles claires à elle-même ? Pourquoi ? Elle est parfois embarrassée (Nous sommes … répéta-t-elle, sans savoir vraiment quelle était la réponse.) car elle ne fait que répéter ce que Père - et sans doute
M. Liszt et Kotler - lui ont dit, sans vraiment le comprendre.
6. Bruno comprend-il/accepte-t-il les explications de Gretel ? Non, car ce que lui dit Gretel ne nuit pas à son amitié avec Shmuel. Bien au contraire, il considère qu’il est comme lui. [Le fait qu’on doive raser la tête de Bruno parce qu’il a des poux va avoir une conséquence tragique pour lui.]
Conclusion sur l’évolution psychologique des enfants : un an après leur arrivée à Auschwitz, Gretel partage (par mimétisme, sans le savoir) l’idéologie nazie tandis que Bruno est toujours très innocent (ex : il continue à prononcer le nom du camp « Hoche-Vite »). Il perçoit toujours qu’il se passe des choses étranges autour de lui, mais sans en comprendre les enjeux et en ignorant le rôle que son père y joue. Il ne fait pas le lien entre les divers indices qui pourraient lui faire prendre conscience de l’horreur dans laquelle il vit malgré lui. Il continue à porter un regard candide sur une réalité terrifiante : celle de l’univers concentrationnaire.
Chapitre 17 : « Mère obtient ce qu’elle veut » : Mère est de plus en plus malheureuse à Auschwitz. Bruno surprend une conversation entre Père et elle au cours de laquelle elle critique vivement son « travail » et lui dit qu’elle ne supporte plus de vivre dans le camp. Sur un éventuel retour à Berlin, Bruno est partagé. Finalement, Père le convoque dans son bureau avec Gretel pour leur annoncer qu’ils vont rentrer à Berlin avec Mère.
Chapitre 18 : « Le plan de la dernière aventure » : Deux jours de suite, Shmuel ne vient pas au rendez-vous. Le troisième jour, il raconte à Bruno qu’il était à la recherche de son père, qui reste introuvable. Il lui dit aussi que les soldats les haïssent, lui et ses semblables, et qu’il les hait aussi. Avant de partir définitivement, Bruno aimerait entrer dans le camp pour voir où Shmuel vit, explorer les lieux et l’aider à retrouver son père, mais il ne lui est pas permis de franchir la clôture. Il a alors l’idée de porter un pyjama rayé pour passer inaperçu.
Séance 6 : chapitres 19 : « Ce qui arriva le lendemain » et 20 : « Le dernier chapitre » : Problématique : étudier l’ironie de l’épilogue.
1. Lire les deux chapitres et commenter la chute de chacun d’eux.
2. Dresser dans les chapitres précédents la liste des événements et des traits de personnalité de Bruno qui vont le conduire à la mort :
-le fait qu’on lui tonde les cheveux, ce qui va lui donner l’idée de se faire passer pour un détenu
-son départ imminent d’Auschwitz
-son côté très enfantin : son goût de l’exploration et du jeu
-sa serviabilité, son sens de l’amitié (désir d’aider Shmuel à retrouver son père).
ironie : 1. Raillerie consistant à ne pas donner aux mots leur valeur réelle ou complète ou à faire entendre le contraire de ce qu’on dit. 2. Fig. Contraste entre une réalité cruelle et ce que l’on pouvait attendre. Ironie du sort. (Le Petit Larousse) [Pour que l’ironie fonctionne, une connivence avec le destinataire (ici : le lecteur) est nécessaire. Celui doit en effet être capable d’identifier les indices lui permettant de comprendre que l’énonciateur n’est pas d’accord avec les idées qu’il affirme : ton décalé par rapport aux propos tenus, vocabulaire exagéré, contexte …] |
3. (Classe divisée en deux groupes) Groupe 1 : relevez les marques de l’ironie dans le chapitre 19 et expliquez-les en vous appuyant sur cette double définition. Précisez si elles relèvent du point de vue de Bruno (via l’auteur) ou d’une situation.
Exemple p. 188 (chapitre 18) : C’était, somme toute, un plan très sensé et un excellent moyen de se dire au revoir. Le plan n’est pas du tout sensé (commentaire) puisqu’il va conduire les deux enfants à la mort ; ils vont se dire au revoir dans la chambre à gaz (situation).
-p. 189 : une aventure qui promettait d’être particulièrement excitante
-p. 190 : la pluie finit par cesser (après un certain suspense) alors que s’il avait continué de pleuvoir, Bruno n’aurait pu sortir : Elle finit heureusement par cesser …
Il ne risquait plus grand-chose de ce côté-là. Il s’en est fallu de peu [que je reste à la maison]. Le temps était tellement mauvais. (p. 191) La pluie ne s’arrête que pour lui laisser le temps d’aller au rendez-vous (p. 199) Il songe aussi aux ennuis qu’il pourrait avoir en rentrant à la maison. Or, il prend un risque beaucoup plus grand en pénétrant dans le camp.
-p. 191 : bouche bée de plaisir (alors que ce pyjama va causer sa perte)
Je ne te laisserai pas tomber. (C’est exact, mais dans la mort p. 200)
en se maudissant de ne pas avoir pensé à prendre un sac pour y ranger ses habits (il prend de nombreuses précautions pour ne pas salir ses vêtements et ne pas se faire gronder au retour par Mère alors qu’il n’en aura plus besoin)
-p. 192 : en se changeant, Bruno fait preuve d’une grande pudeur alors que les prisonniers étaient obligés de se déshabiller avant d’entrer dans la chambre à gaz.
C’était vraiment extraordinaire.
p. 193 : c’est sa grand-mère, que Bruno a beaucoup aimée, qui lui a donné le goût du déguisement
p. 194 : et trouvait cela merveilleux.
p. 198 : Père était le commandant : l’auteur rappelle que le propre fils du commandant d’Auschwitz va être gazé
p. 199 : une longue pièce [….] sans doute très bien conçue […] Une bonne chose (Bruno est à l’abri de l’orage, sans se douter qu’il court un risque infiniment plus grand).
p. 200 : Mon meilleur ami pour la vie (il fait ce serment alors que leur mort est proche).
Groupe 2 : relevez les marques de l’ironie dans le chapitre 20 en prêtant attention aux retournements de situation. Exemple p. 201 : le commandant fut incapable de comprendre ce qui était arrivé à son fils : cf. l’incompréhension par Bruno du fonctionnement d’Auschwitz et des circonstances de sa mort
Marques de l’ironie :
-Mère croit (ou s’efforce de croire) que Bruno est rentré seul à Berlin alors qu’il a été enterré ou incinéré à quelques mètres de la maison.
p. 202 : Gretel pleure l’absence de son frère qu’elle aimait vraiment, alors qu’elle n’a cessé de se montrer méprisante envers lui.
Retournements de situation :
-p. 201 : les soldats et le commandant explorent le camp pour retrouver Bruno
-p. 202 : Père souffre de la disparition de son fils alors qu’il a fait gazer des milliers d’enfants sans penser à la douleur des parents
-Il se retrouva assis par terre, pratiquement dans la même position que celle de Bruno (car il est anéanti quand il comprend dans quelles conditions horribles son fils est mort).
-Père est fait prisonnier, alors qu’il dirigeait un camp de prisonniers. (Auschwitz a été libéré par les Russes en 1945).
-p. 201 : plus rien de ce qu’ils pourraient lui faire n’avait d’importance : cf. p. 167 : Je ne sens plus rien à présent, répéta Shmuel.
Conclusion sur les deux chapitres qui constituent l’épilogue : le destin des deux enfants est empreint d’une ironie dramatique implacable. L’innocence de Bruno, qui persiste jusqu’à la fin, ne masque en rien l’horreur de la tragédie, même si l’auteur évite tout détail sordide.
CONCLUSION SUR L’ŒUVRE : EN QUOI S’AGIT-IL D’UNE FABLE ? (p. 5)
Du latin « fabula » signifiant récit, fiction, la fable peut être définie comme « un petit récit, généralement allégorique, qui contient une leçon morale, une leçon de sagesse ». (www.espacefrancais.com)
Le garçon en pyjama rayé est un roman court dont l’épilogue se termine en forme de morale : Tout cela s’est passé il y a fort longtemps, bien sûr, et rien de semblable ne pourrait plus jamais arriver. Pas de nos jours. Cette formule ironique (fort longtemps est relatif ; ne pourrait plus jamais arriver : on déplore aujourd’hui encore des conflits raciaux dans le monde) invite le lecteur à se méfier d’idéologies qui conduisent à des catastrophes. Si l’on se réfère aux animaux doués de parole dans les Fables de La Fontaine
-la facilité avec laquelle Bruno et Shmuel communiquent chaque jour au travers de la clôture du camp (explication p. 195)
-le fait que la vie des enfants à Auschwitz était brève, or Bruno et Shmuel se voient pendant un an
-la facilité avec laquelle il leur est possible de se faufiler sous le grillage
-le fait qu’ils parlent la même langue, l’allemand (explication p. 108)
-le fait que, parmi tous les enfants prisonniers à Auschwitz, Kotler choisisse Shmuel pour nettoyer les verres (chapitre 15
Le langage du roman est simple, limpide, volontairement enfantin. On remarque également des formules qui se font écho (ex : p. 9, 1, 120 : Toutes ses affaires y compris celles qu’il avait cachées dans le fond et qui ne regardaient que lui. Autre exemple : cette expression, souvent employée par Mère pour désigner Père : Certaines personnes …).
PROLONGEMENT : par groupes, les élèves font des recherches et rédigent un compte-rendu à propos des thèmes suivants :
-l’idéologie nazie (cf. le contenu de l’enseignement de M. Liszt p. 95-96)
-la résistance allemande au nazisme (à l’image de Grand-Mère, de Mère, du père de Kotler, de Bruno qui résiste sans le savoir en se liant d’amitié avec un enfant juif)
[Le roman montre, en arrière-plan, un milieu familial qui se fissure.]
-Que savaient ou pas les contemporains de la « solution finale » ? (Bruno symbolise-t-il l’aveuglement des populations face au génocide juif ?)
-le procès de Nuremberg.
Etape n° 1 : recherche d’informations dans le roman (sauf pour le procès de Nuremberg)
Etape n° 2 : recherche d’informations complémentaires sur Internet et dans les ouvrages documentaires du CDI.
Etape n° 3 : mise en commun.
18 mars 2008
Français BEP : "Energies bloquées" et "Exit Wounds" de Rutu Modan
ENERGIES BLOQUEES DE Rutu MODAN, Actes Sud BD, 2005
2-7427-5351-6 22,00 € (traduit de l’hébreu)
OBJECTIFS : étudier plusieurs récits en bande dessinée, présenter un auteur israélien et le conflit israélo-palestinien, lire l’image.
BIOGRAPHIE DE Rutu MODAN
Née en 1966 à Tel-Aviv, Rutu Modan publie régulièrement des dessins humoristiques et politiques dans la presse israélienne et collabore au New York Times. Elle a été récompensée à plusieurs reprises pour son travail d’illustratrice. Elle enseigne la bande dessinée en Israël et participe à l’émergence d’une nouvelle génération d’auteurs. Elle a fondé la maison d’éditions Actus Tragicus avec quatre autres dessinateurs. En 2005, elle a publié l’album Energies bloquées. Exit Wounds a reçu le prix France Info 2008 de la bande dessinée d’actualité et de reportage. Le jury a salué une œuvre de fiction tout entière dominée par l’actualité de la société israélienne, ses peurs et douleurs face aux attentats aveugles. Polars, faits divers, nouvelles illustrées constituent son univers. En tant qu’illustratrice jeunesse, elle a notamment illustré Fou de cirque, paru chez Albin Michel Jeunesse en 2005. Energies bloquées, Actes Sud BD, 2005 Energies bloquées est un recueil de six nouvelles aux styles, formats et thèmes variés. Au premier coup d'oeil, le graphisme de Rutu Modan frappe par son originalité et son inconstance. Les dessins s'encombrent rarement des règles de la perspective ou de l'anatomie. Dans Jadis, cela va plus loin : les cases semblent jetées dans la plus grande urgence. Rutu Modan s'y contente du strict minimum pour qu'on reconnaisse les personnages d'une vignette à l'autre. Pourtant, la même histoire contient des astuces intéressantes : pour raconter un incendie en quatre cases, au lieu de mettre des flammes dans le décor, elle dessine des cases qui semblent elles-mêmes se consumer. Dans les autres nouvelles, le graphisme est tout aussi atypique, mais incontestablement maîtrisé. S'y ajoute une palette de couleurs très rétro, qui rappelle les illustrés des années 1950 ou les Sunday pages des journaux américains. (chronique http://clairdebulle.com) Exit Wounds, Actes Sud BD, 2007 Les personnages, un chauffeur de taxi, une jeune femme soldat, un épicier et une mère de famille orthodoxe, se croisent, se cherchent et ont beaucoup de mal à se trouver. Finalement, la figure centrale de cette bande dessinée, c’est la société israélienne elle-même, ses peurs et ses doutes, ses douleurs quand elle est confrontée aux attentats aveugles, ses frictions entre modernité sociale et orthodoxie religieuse, ses déchirements et ses solidarités. D’un point de vue graphique, le trait de Rutu Modan apparaît lisse, d’un réalisme simplifié, quelque peu déformé, avec des couleurs acidulées. Un style que le grand auteur de bandes dessinées Moebius qualifiait récemment de "pop". (chronique France Info) |
Energies bloquées se compose de six nouvelles dont l’action se situe en Israël et se caractérise par la diversité des thèmes abordés ainsi que par la diversité de la tonalité (humour, tragédie, fantastique …) Ces récits ont été publiés entre 1998 et 2003.
L’album se caractérise aussi par sa diversité graphique : facture classique dans l’ensemble (vignettes rectangulaires, de taille variable, mais grandes en général); une vignette = une planche (Retour à la maison); cinq nouvelles en couleurs et une en noir et blanc (Jadis) ; texte illustré (Bitch) ; couleur et noir et blanc (L’assassin culotté). Les couleurs, très rétro, rappellent les illustrés des années 50.
JAMILTI : 12 pages
Problématique : comment le conflit israélo-palestinien est-il représenté dans cette bande dessinée ?
Recherches documentaires préalables sur :
-l’enjeu du conflit israélo-palestinien depuis 1948 : 1947 : « plan de partage » de la Palestine la Cisjordanie
-Yasser Arafat : 1924-2004 : président, à partir de 1969, de l’Organisation de Libération de la Palestine la Paix
-le Hamas : mouvement de la résistance islamique : organisation islamique palestinienne issue des Frères musulmans, fondée en 1987. Revendiquant la libération de la Palestine
BREF HISTORIQUE DE
LA SITUATION AU |
1. Travail d’anticipation sur la première planche : quelle scène est représentée ? Quelle émotion traduit l’expression de la jeune fille ? D’après ses vêtements, quel métier exerce-t-elle ?
Personnages :
principaux :
Rama : future mariée
Gouri : futur marié
secondaires :
Ronnie, Shabi : amis de Gouri
chauffeur de taxi
Zuheir al-Aziz, terroriste
Relevez les indices spatio-temporels : (l’action se situe en Israël, dans les années 2000) : prénoms des personnages, Arafat, Hamas, Tel-Aviv (principale ville d’Israël, capitale de l’Etat d’Israël jusqu’en 1980), Bethléem (ville de Cisjordanie, au sud de Jérusalem, lieu de naissance de Jésus, d’après les Evangiles).
Le téléphone portable, les allusions au conflit israélo-arabe indiquent une époque contemporaine. L’allusion à Y. Arafat (mort en 2004) situe l’action avant cette date.
I. Etude des relations entre Rama et Gouri : relevez les indices de l’indifférence de Gouri envers sa future épouse :
-il ne s’intéresse pas à sa robe de mariée, il ne donne pas son avis et préfère répondre au téléphone
-il se désintéresse de l’organisation du repas de noces, il préfère jouer au rugby avec ses copains. Il est en plus de mauvaise foi car son argument consiste à dire qu’il doit y aller parce que c’est lui qui a le ballon.
Trouvez-vous que Gouri est un personnage sympathique ? Il est plutôt antipathique :
-attitude envers Rama : ne s’intéresse pas aux préparatifs du mariage
-ironie vis-à-vis de l’attentat : « C’est calme depuis deux semaines. Ils nous négligent. »
-il se montre méprisant envers elle : « Laissez tomber, elle n’y connaît rien. » ; plaisanterie de mauvais goût : « Si elle n’aimait pas [baiser], je ne serais pas avec elle. », ce qui est très machiste. Comme elle est choquée par ses propos et descend de voiture, elle manque de perdre la vie à cause de lui.
II. L’attentat : planche 4 : événement perturbateur : un attentat commis par les Palestiniens.
Sur quoi porte le désaccord entre les futurs mariés ? Rama pense que Yasser Arafat œuvre pour la paix alors que Gouri et le chauffeur de taxi sont persuadés qu’il finance des attentats.
Planche 5 : relevez le propos raciste du chauffeur de taxi et trouvez un adjectif qui, selon lui, caractérise les Arabes : fourbes, traîtres, hypocrites …
Rama est pacifiste alors que le chauffeur de taxi est … belliciste.
Planche 5 : expliquer fasciste et rationnel.
fasciste : qui se réfère au fascisme, régime établi en Italie de 1922 à 1945, instauré par Mussolini et fondé sur la dictature d’un parti unique, l’exaltation nationaliste et le corporatisme.
rationnel : qui est fondé sur la raison, la logique, le bon sens ; réaliste.
Planches 7 et 8 : décrivez l’attitude de Rama : elle est courageuse, elle a le sens du devoir.
Aspect technique : quel est l’intérêt des gros plans (planches 6-9)? Ils ont pour fonction d’insister sur l’émotion des personnages, d’impliquer le lecteur davantage dans l’action.
Quelle influence l’attentat a-t-il sur leurs relations ? Il les sépare puis les rapproche : « Ma chérie, tu vas bien ? J’ai eu si peur pour toi. » Il exacerbe les tensions au sein du couple. Il permet à Rama de découvrir son futur époux sous un jour qu’elle ne lui connaissait peut-être pas.
Quelle information importante la télévision donne-t-elle ? Le blessé est un terroriste palestinien, qui aurait déclenché les explosifs involontairement.
Quelle information la signification de « Jamilti » apporte-t-elle ? Il y a eu une très brève histoire d’amour entre le terroriste et Rama, ce qui peut être interprété comme un symbole de paix. Il l’appelle Ma beauté dans une langue qu’elle ne comprend pas. Ces deux êtres que tout sépare auraient pu, dans un autre contexte, s’unir.
Que pensez-vous de la chute de cette nouvelle ? On a l’impression que rien de grave ne s’est produit, Gouri replonge dans l’indifférence, le mariage aura lieu. Pourquoi Rama
va-t-elle l’épouser ? Résignation ?
Conclusion sur la représentation du conflit israélo-palestinien dans cette BD :
il est mis en scène à travers la représentation d’un attentat palestinien contre les Israéliens
-d’un point de vue graphique : représentation du bruit, de la déflagration par des couleurs criardes, l’image de la victime automutilée est choquante (sang rouge), mais peu réaliste
-d’un point de vue narratif : l’attentat aboutit à une discussion montrant des points de vue opposés entre les Israéliens, mais perturbe modérément leur quotidien ; allusion à un personnage historique : Yasser Arafat et à un mouvement historique : le Hamas.
RETOUR A LA MAISON
Problématique : étudier l’argumentation des personnages
Anticipation à partir du personnage représenté sur la première planche.
Particularité technique : un dessin par planche. Les personnages, gauches et naïfs, sont représentés sur un fond uniforme, un ciel trop bleu pour être vrai, sur lequel se superposent soudain des avions de chasse puis les fumées grossièrement crayonnées émanant de la carcasse de l’appareil abattu. Possibilité de relever un exemple de succession de plans qui donne son rythme au récit (planches 6 et 7) : le plan américain resserré sur Méli et Max, l’un fuyant le regard de l’autre, met le lecteur face à leur problème de couple. Le plan d’ensemble suivant montre que leur conversation (à sens unique) est perturbée par un événement qui alerte la population du kibboutz.
Personnages :
Méli, Gadi (le mari de Méli), Max (son amant), Joseph, le père de Gadi.
I. Les relations Méli/Max : Relever les indices spatio-temporels : kibboutz Nancholim, été 2001. (Un kibboutz est une exploitation communautaire, le plus souvent agricole.)
Allusion à une guerre au Liban : cette guerre civile a débuté en 1976. Se sont affrontés une coalition de « gauche », favorable aux Palestiniens, et une coalition de droite, favorable à Israël. A partir de 82, l’armée israélienne est intervenue au Sud-Liban, dont elle s’est retirée en 85, mais la guerre civile s’est poursuivie jusqu’en 92. Nouvelle guerre israélienne contre le Liban en juillet-août 2006.
Qu’est-ce qui constitue un obstacle à la relation entre Méli et Max ? Six ans plus tôt, Gadi, le mari de Méli, a été abattu avec son avion au Liban. Il subsiste un doute quant à sa survie. Méli attend, par ailleurs, le décès de son beau-père sénile, Joseph, pour se déclarer à Max, qui tente, de son côté, de la convaincre de l’impossibilité du retour de son mari.
Quel événement perturbateur intervient ? Un pilote non identifié survole le kibboutz. Joseph est persuadé qu’il s’agit de son fils alors que les autorités parlent d’un kamikaze (terroriste-suicide). C’est ce que pensent également Méli et Max.
II. Qu’est-ce qu’argumenter ?
La situation d’argumentation Dans une argumentation, un émetteur, appelé argumentateur, tente de convaincre un destinataire, appelé également cible. Le thème et la thèse Le thème est le domaine abordé, par exemple la politique, la publicité, la justice. La thèse est l’opinion, le point de vue que l’argumentateur développe. Ex : « Votez pour moi ! » L’argument C’est une idée destinée à prouver que la thèse exprimée est juste. Ex : « Je ferai construire plus de logements sociaux que mon adversaire. » L’argumentation est une démonstration qui s’appuie sur plusieurs arguments. L’exemple L’exemple illustre, facilite la compréhension de l’argument. Ex : « Pendant mon premier mandat, j’ai fait construire des logements sociaux dans tel quartier; je vais continuer. » |
Deux moments d’argumentation :
1. Pendant le vol du pilote :
|
Thèse de Joseph (soutenue par une femme anonyme) : . . . ce pilote est mon fils Gadi |
Thèse de Méli et Max : . . ce pilote n’est pas Gadi mais un terroriste-suicide. |
Arguments |
-Mon fils a toujours été ingénieux : il a volé un avion pour quitter le Liban. -C’est Gadi et non un kamikaze car un kamikaze commettrait un attentat non pas dans un kibboutz mais à Tel-Aviv pour faire un maximum de victimes et alerter les média. -Aucune organisation terroriste n’a revendiqué cette opération, donc le pilote n’est pas un kamikaze. |
-La radio dit que c’est un kamikaze, donc c’est vrai. -Le pilote ne s’identifie pas, alors qu’il devrait être fier de revenir en héros, donc ce n’est pas Gadi. |
2. Après que l’avion a été abattu par les forces aériennes israéliennes :
|
Thèse de Joseph : . . . le pilote n’est pas Gadi. |
Thèse de Méli et Max : . . le pilote est Gadi. |
Arguments |
Gadi était plus grand et plus blond. |
C’est un pressentiment. |
Conclusion : les points de vue des personnages changent complètement (on peut parler de revirement) car chacun évolue en fonction de ses motivations : depuis six ans, Joseph, qui aime son fils, refuse d’admettre sa mort et attend son retour ; Max, qui aime Méli, voudrait avoir la preuve que Gadi est bien mort pour qu’elle accepte de l’épouser. Elle hésite en effet pour des raisons psychologiques (elle doit « faire le deuil » de son mari) et légales (son décès doit être reconnu officiellement). Chacun voit donc midi à sa porte.
La situation n’est pas résolue, le lecteur ne sait toujours pas si Gadi est mort ou pas. La fin du récit reste ouverte : le lecteur peut supposer que Méli et Max vont se marier.
L’ASSASSIN CULOTTE : 31 pages
Problématique : mettre en évidence les éléments parodiques de cette intrigue policière
Particularités graphiques : BD en couleurs, reproduction de photos en noir et blanc.
Justifier l’emploi de cases verticales (planches 3, 4). Lorsqu’elles sont hautes et étroites, ces cases donnent, en général, une idée de la hauteur d’un décor. Ici, elles permettent de montrer la chronologie de l’enquête.
Propositions formulées par les élèves pour élucider le titre : jeu de mots sur « culotté » et anticiper le genre dont il s’agit.
Rappeler le déroulement d’une intrigue policière classique (un meurtre est commis, un détective mène l’enquête pour identifier le coupable parmi plusieurs suspects.) et voir en quoi ce récit en BD s’en détache.
Les élèves remplissent le tableau suivant :
RAPPEL : dans une intrigue policière classique, un meurtre est commis, un détective mène l’enquête pour identifier le coupable parmi plusieurs suspects.
L’ASSASSIN CULOTTE de Rutu MODAN |
ELEMENTS CLASSIQUES |
ELEMENTS INSOLITES |
ASSASSIN |
tueur en série qui a déjà fait huit victimes |
|
AMBIANCE |
terreur |
|
ENQUÊTEUR |
la police régionale de Tel-Aviv, et plus particulièrement le sergent Rami et Michaëla |
|
NOMBRE DE VICTIMES |
|
nombre exagéré : l’orchestre Promenade |
DEROULEMENT DE L’ENQUÊTE |
La police cherche des points communs entre les victimes, se rend sur les lieux qui font progresser l’enquête (le club Caravane où l’orchestre a fait ses débuts, où l’une des victimes travaillait comme serveuse, et que fréquentait le célèbre Marcus Tal). Toutes les victimes étaient au Caravane le soir où le célèbre Marcus Tal était présent. La police protège les victimes potentielles, met en place des filatures. |
|
MOMENT OU L’IDENTITE DE L’ASSASSIN EST REVELEE AU LECTEUR |
|
L’assassin est une femme ; son identité est dévoilée dès le début de la nouvelle. |
TON (ex : planches 10, 13, 14, 31) (page de titre = planche 1) |
|
M. Goldschmidt, le patron du Caravane, est surpris en pleine action. Le spectacle animé par Méir Remez semble très osé. « Je me demande ce qu’il est devenu » est un trait d’humour noir puisque la réponse est apportée par la case suivante. Commentaire final de Pnina, la mère de la coupable. |
EXEMPLES DE SITUATIONS : 1. L’enquêteur protège le coupable en croyant qu’il est une victime potentielle. Classique ou insolite ? 2. Un personnage se dénonce. L’enquête semble résolue mais il y a de nouvelles victimes. Classique ou insolite ? |
classique classique |
|
ARME DU CRIME (planche 29) |
un poignard |
un grille-pain |
MOBILE |
|
Pour protéger sa mère, Pnina, qui a été ridiculisée, Déborah assassine tous les témoins de cette situation. |
Qu’est-ce qu’une parodie ? C’est l’imitation d’un genre, d’un style ou d’une œuvre dans un but comique ou satirique. Une parodie s’inspire généralement d’une œuvre connue du grand public (œuvre littéraire, peinture, chanson, titre de roman ou de film, phrase célèbre…) C’est le décalage entre l’original et la parodie qui provoque le rire.
Conclusion : en quoi ce récit est-il tragi-comique ? (Une tragi-comédie est, à l’origine, une pièce de théâtre du début du XVIIe siècle comportant des éléments comiques.) Les meurtres sont dramatiques, mais les éléments parodiques tournent la violence en dérision (ex : l’assassin poignarde ses victimes puis les ridiculise en les affublant d’une culotte sur la tête ; son mobile est, par ailleurs, futile). La relation mère-fille tourne au drame puisqu’elle est à l’origine des meurtres (Déborah, qui semble avoir été traumatisée durablement en assistant à l’humiliation qu’a subie sa mère, fuit les hommes, est toujours vierge, ce que sa mère lui reproche en se moquant d’elle), mais Pnina conclut sur une note détachée : « Elle n’a jamais eu trop d’humour, cette petite. »
Energies bloquées (cette nouvelle a donné son titre à l’album) : résumé : Malka, qui a été abandonnée par son mari avec ses deux filles quinze ans plus tôt, tente de se suicider. Lorsqu’elle reprend conscience, elle s’aperçoit qu’elle a des pouvoirs curatifs, de l’électricité dans le corps qui guérit toutes les maladies, et permet de lever les blocages. Elle ouvre une clinique d’énergie électrique. Un jour, elle « flashe » une de ses patientes, Miriam, trop fort. Or, il se trouve que celle-ci est la nouvelle compagne de son ex-mari. En réalité, l’une de ses filles, qui connaissait l’identité de Miriam, l’a flashée avec un ventilateur électrique en espérant que son père viendrait à son chevet et qu’elle pourrait renouer le contact avec lui.
Jadis : résumé : ce récit peut être interprété comme une quête familiale et affective, une sorte de roman d’apprentissage. Thelma dirige un hôtel à thèmes, tout en élevant ses deux sœurs, Minnie et Sarah. D’après Thelma, leurs parents sont morts dans un incendie et elle leur raconte ce drame régulièrement. Thelma a une liaison avec Alex. Sarah fait la connaissance de Benda, un photographe. Elle l’accompagne dans un magasin d’articles photographiques et, grâce à un vieux cliché que le propriétaire du magasin lui donne, elle comprend que Thelma est en réalité sa mère et qu’elle lui a raconté cette fausse histoire d’incendie pour bénéficier de l’assurance vie de ses parents. Alex, l’assureur, a été son complice. Benda part précipitamment. Finalement, Sarah accepte que la situation ne change pas et que Thelma continue à se faire passer pour leur mère.
Bitch : résumé : cette nouvelle emprunte au registre fantastique. Le personnage principal est atteint d’une certaine folie, qui le pousse à agir de façon peu rationnelle. Un veuf voyage dans le train Marseille-Paris. Il va rendre visite à sa fille à Marseille. Une voyageuse lui interdit de fumer, ce qui lui rappelle les reproches de Bertha, son épouse défunte. Il croit reconnaître Bertha dans le caniche d’une dame âgée. Ils dialoguent par le regard, en particulier au sujet d’une armoire que l’homme aurait poussée sur elle. Il caresse le caniche et celui-ci le lèche, ce qui, selon sa maîtresse, est inhabituel vis-à-vis des étrangers.
EXIT WOUNDS DE Rutu MODAN, Actes Sud BD, 2007 2-7427-7107-3 20,00 €
Résumé : Première partie : Personnage du père. L’action se situe à Tel-Aviv, en 2002. Kobi Franco est chauffeur de taxi. Il vit avec sa tante Ruti et son oncle Arieh. Une jeune femme soldat, Nomi, lui apprend qu’un corps non identifié, retrouvé à la suite d’un attentat commis dans un restoroute à Hadera, pourrait être celui de son père, Gabriel. Il téléphone à sa sœur Orly, qui vit à New York, pour lui demander des nouvelles de son père, avec qui il a perdu le contact depuis deux ans, depuis que celui-ci l’a mis à la porte. Ne pouvant le joindre par téléphone, il se rend à son appartement. Il rend ensuite visite à Nomi, qui lui apprend qu’elle a eu une relation avec son père. Elle pense que le corps est celui de Gabriel car, dans un reportage télévisé, elle a reconnu l’écharpe qu’elle lui avait tricotée pour son anniversaire. Elle lui suggère de se soumettre à un test ADN pour identification.
Deuxième partie : Mes voyages avec la girafe. L’action se situe à l’institut médico-légal d’Abou Kabir. Kobi, accompagné de Nomi, vient y subir un test ADN, mais son père a déjà été enterré. Il est possible cependant de l’exhumer, mais Kobi n’y est pas favorable. Ils se rendent au cimetière (divisé en tombes pour Juifs et non-Juifs) et Kobi en profite pour se recueillir sur la tombe de sa mère.
Certains pensent que Gabriel est mort, d’autres qu’il est toujours en vie. Au supermarché, Kobi se querelle avec sa tante en se remémorant sa bar-mitsvah, puis il emmène Nomi en taxi à la gare routière de Hadera pour interroger les survivants de l’attentat et les commerçants. Ils passent la nuit à l’hôtel en attendant de rencontrer Del, la femme de ménage des magasins de la gare routière. Avant de dormir, ils parlent de Gabriel, qui est/était passionné de football. Kobi comprend que Gabriel n’a pas disparu le jour de l’attentat, mais avant. Nomi lui a donc menti : Gabriel l’aurait quittée et elle espèrerait le retrouver grâce à l’aide de Kobi. Le lendemain, ils apprennent que Del est partie aux Philippines. Ils décident alors de consulter une pétition signée le jour de l’attentat. L’homme qui a fait signer cette pétition porte une écharpe qui ressemble à celle de Gabriel. Kobi comprend alors Nomi ne lui a pas menti.
Troisième partie : Le dernier voyage. Kobi a fait faire l’analyse ADN, mais comme les pompes funèbres sont en grève, le corps de son père ne peut être exhumé. Ils décident d’aller voir Altara Dayan, une des signataires, mais le taxi tombe en panne en cours de route. En attendant une dépanneuse, ils nagent dans la mer. Nomi offre à Kobi, en cadeau d’anniversaire, un T-shirt signé par les footballeurs de son équipe préférée. Ils se remettent en route et arrivent chez Altara. Elle nie d’abord avoir été présente lors de l’attentat, puis elle leur raconte qu’elle a vécu une grande histoire d’amour avec Gabriel, qu’elle a connu pendant le service militaire, puis retrouvé récemment, quarante-neuf ans après. Le jour de l’attentat, elle lui avait donné rendez-vous à la gare d’Hadera, mais il n’est pas venu. Nomi en conçoit une vive jalousie. Dans la voiture, Nomi et Kobi s’embrassent, puis s’enlacent. Mais Nomi fait une plaisanterie déplacée et ils rompent.
Quatrième partie : Résurrection. Le mystérieux corps était en fait celui de Chouki Taassa, un gros joueur. Kobi pense que son père et sa tante Ruti ont peut-être eu une aventure ensemble. Il reçoit un courrier accompagné d’un chèque : Gabriel a vendu son appartement. Grâce à l’acte de propriété que lui communiquent les nouveaux occupants, il obtient la nouvelle adresse de son père et se rend chez lui. Il y fait la connaissance de sa nouvelle épouse. Il attend son retour de la synagogue, mais comme celui-ci ne rentre pas, il repart sans l’avoir vu. Il se rend ensuite chez Nomi pour l’informer qu’il a retrouvé Gabriel et lui dire qu’il veut reprendre leur relation, mais elle refuse de lui parler. Il entre dans sa propriété par effraction et se retrouve juché sur un arbre, à la merci de dobermans. Kobi apparaît et il lui saute dans les bras …
Thèmes : une enquête semée d’obstacles, le conflit israélo-palestinien (en toile de fond, d’où le titre évoquant les plaies), l’attente, la relation fils-père (d’où le titre), les relations amoureuses …
Relever les thèmes communs aux deux albums : personnages, lieux, situations …
-Kobi et sa tante Ruti sont chauffeurs de taxi (cf. Jamilti)
-L’action se situe en Israël
-Plusieurs attentats ont eu lieu, dont un à Hadera. Un des cadavres est tellement brûlé qu’il est difficilement identifiable. Il pourrait s’agir du père de Kobi, l’un des personnages principaux. (cf. Retour à la maison : un père à la recherche de son fils).
-Kobi et son amie Nomi mènent l’enquête (cf. L’assassin culotté) pour déterminer si la victime est bien le père de Kobi, grâce à différents indices.
-Une famille déconstruite ou recomposée : Kobi n’a pas vu son père depuis des années. Finalement, il s’est remarié. (cf. Energies bloquées).
RENCONTRE ENTRE Rutu MODAN ET DES ELEVES DE SECONDE PROFESSIONNELLE AU SALON DU LIVRE DE PARIS LE 14 MARS 2008 -Comment vous est venue l’idée d’écrire des bandes dessinées ? -J’ai commencé à écrire des bandes dessinées avant d’en lire car il n’y en avait pas en Israël. J’ai toujours adoré dessiner et raconter des histoires. Dès l’âge de cinq ans, je trouvais naturel de raconter des histoires en les illustrant. En grandissant, j’ai eu le bonheur de découvrir que je pouvais en faire mon métier. Aujourd’hui encore, je n’arrive pas à croire que c’est un métier. Par la suite, quand je me suis rendue en Europe et aux Etats-Unis pour découvrir la bande dessinée, j’ai appris que les auteurs étaient tous des hommes. Comme il n’y avait pas encore de bandes dessinées en Israël, je ne m’en étais pas rendu compte. Quand j’ai commencé à créer, je me suis sentie libre car je ne me suis pas posée de questions sur ma spécificité de femme. J’ai rapporté des livres de l’étranger pour enseigner la bande dessinée dans mon pays. -Pourquoi écrivez-vous des bandes dessinées et non des romans ? -La bande dessinée, c’est une forme, mais sur le plan du contenu, elle ne diffère en rien du roman. Les outils que j’utilise pour décrire le monde sont des outils visuels. C’est, selon moi, la meilleure manière de décrire le monde. Au lieu de rédiger une longue phrase pour décrire un homme roux, grand, mignon, vêtu de telle façon, je trouve plus facile de le dessiner. Quand je lis des livres, je m’ennuie au moment des descriptions. Créer une intrigue de bande dessinée, c’est comme composer un roman. Tout auteur de bande dessinée a son propre style, comme un romancier. Je pense aussi, pour clore cet éternel débat entre scénariste et dessinateur, que le dessin et la bulle sont indissociables ; il n’y en a pas un plus important que l’autre. Mon rêve serait que, dans les librairies ou les bibliothèques, on ne mette plus à part plus romans et bandes dessinées. -Comment avez-vous eu l’idée de l’intrigue de L’assassin culotté ? -Quand j’étais au lycée, à la fête de fin d’année, ma mère a été choisie pour prononcer le discours devant l’établissement en tant que parent d’élève. Elle était sur une estrade et elle a eu le hoquet. Cela a été terrible pour moi car cela lui est arrivé devant tous les élèves, les parents et les professeurs. Aujourd’hui encore, j’en rougis et j’en ai des frissons. Pendant des années, j’ai été très gênée rien qu’en y pensant. Comment se fait-il qu’un incident si ancien m’ait poursuivi si longtemps ? D’ailleurs, c’est la première fois que je le raconte. Il arrive que les enfants soient très gênés par ce que font leurs parents. C’est pourquoi j’ai eu cette idée de l’assassin culotté, où la fille est tellement traumatisée par l’humiliation que subit sa mère qu’elle a envie de tuer tous ceux qui ont vu cet acte gênant. Je me suis contentée d’inventer cette histoire plutôt que de tuer tout le monde. - Souhaitez-vous faire réagir les populations au conflit israélo-palestinien grâce à vos livres ? -Je ne crée pas des bandes dessinées pour que les gens réagissent. Mon objectif n’est pas d’exprimer mes idées politiques. Quand j’ai une idée de bande dessinée, c’est parce que je me trouve face à un problème et que j’essaie de me l’expliquer à moi-même. Comme je vis dans un pays où je rencontre des problèmes qui me sont imposés de l’extérieur, ils peuvent intervenir dans mes histoires. Je suis convaincue que lorsqu’on lit un récit, on s’identifie aux personnages, aux situations, mais pas au point d’aller manifester dans la rue. Dans une société, chacun a sa pierre à apporter à l’édifice. On peut le faire en écrivant une bande dessinée. De petits changements aboutiront à de grands changements. -Comme l’infirmière dans Jamilti, porteriez-vous secours à un Palestinien blessé ? -Je voudrais croire que oui. Je ne me suis jamais trouvée au milieu d’un attentat à la bombe, mais je suis convaincue que je ne me poserais pas la question, face à un blessé, de savoir qui il est. Mon seul problème est que, quand je vois du sang, je m’évanouis. -Pourriez-vous épouser un Palestinien ? -Je suis mariée depuis dix-huit ans avec un très beau garçon. Il m’est difficile d’imaginer être mariée à quelqu’un d’autre. Je ne connais pas suffisamment la culture arabe pour vous répondre complètement. Une des vraies tragédies de ce conflit est qu’il est tellement ancien et dur qu’une véritable scission s’est produite entre les deux peuples. Les gens ont l’un envers l’autre une peur irrationnelle, la peur de se rencontrer et de se connaître. Le résultat est que certains Israéliens ne connaissent pas un Palestinien de près. La loi ne leur interdit pas de se fréquenter, mais c’est une réalité. Depuis un an, je vis en Angleterre. J’y ai approché des personnes de toutes religions et de toutes nationalités. Je trouve cela formidable et je rêve que ce soit pareil en Israël. -Dans combien de pays vos livres ont-ils été publiés ? -Mes premiers récits ont été publiés en hébreu, en français et en anglais. Mon dernier roman, Exit Wounds, a été traduit en de nombreuses langues : espagnol, italien … Il devrait l’être aussi en tchèque, hollandais, polonais, allemand … J’aurais voulu qu’il soit traduit en arabe aussi ; j’ajoute cela à la liste de mes rêves. En tant qu’Israélienne, il m’est interdit d’aller dans un pays arabe. J’irai en Palestine quand j’aurai un passeport, ce qui suppose la création d’un Etat palestinien. -Selon une biographie, Exit Wounds exprime « les peurs de la société palestinienne ». Ces peurs sont-elles pour vous une source d’inspiration ? -Des lecteurs lisent mes œuvres et les interprètent. En Espagne, pendant un débat avec des lecteurs, quelqu’un m’a dit que je ne comprenais pas tel personnage alors que c’était moi qui l’avais créé. Un aspect intéressant de ce métier est que chaque livre est une bouteille jetée à la mer. L’idée que mes livres ne m’appartiennent plus me plaît. Peut-être que le critique qui a écrit cette biographie a raison : j’ai peut-être exprimé des peurs qui m’entourent et dont je ne suis plus consciente. Dès qu’on invente, on s’inspire du monde qui nous entoure. Si je vivais dans une pièce fermée, dans l’obscurité, je serais incapable d’inventer des personnages. Lorsque j’en crée un, je m’inspire de gens que je connais. Par exemple, l’héroïne d’Exit Wounds, Nomi « la girafe », est la fille d’une ex-reine de beauté. Sa mère est déçue de ne pas avoir une fille aussi belle qu’elle quand elle était jeune. Ce personnage s’inspire d’une amie d’enfance dont la mère, une reine de beauté, avait épousé un milliardaire très laid. Or, leur fille ressemblait plus à son père qu’à sa mère. Sa mère aurait voulu qu’elle soit belle, et l’enfant avait le sentiment de ne l’être pas assez. Quand elle a eu 16 ans, sa mère lui a fait subir une opération de chirurgie esthétique. Je trouve cela triste car elle a grandi avec le sentiment de ne pas être ce que sa mère aurait voulu qu’elle soit. J’ai emprunté à cette histoire vraie mais je l’ai beaucoup transformée. L’héroïne ne ressemble à mon amie que par cet aspect de sa vie. Je crée souvent des personnages complexes car la vie est complexe. -Votre ami a-t-elle lu Exit Wounds et s’y est-elle reconnue ? -Je n’en sais rien car je ne l’ai pas revue depuis vingt ans. En tout cas, l’héroïne ne lui ressemble pas car j’ai changé beaucoup de choses. Quand je m’inspire de personnes réelles, je me demande si j’ai le droit d’utiliser des éléments réels. Par exemple, pour des histoires courtes que j’ai réalisées pour le New York Times, j’ai utilisé des anecdotes familiales drôles. Quand j’ai été invitée à un repas de famille, j’ai eu très peur de ce qu’on allait me dire mais tout le monde était ravi que j’aie écrit sur eux. Chacun m’a raconté d’autres anecdotes en espérant que je les insérerais dans mes prochaines bandes dessinées. A l’exception d’une tante qui m’a demandé : « Qui est cette tante ? » Je lui ait dit, gênée : « Elle est inventée, ce n’est pas une tante réelle. » « Pourquoi a-t-elle un mari médecin, alors ? », a-t-elle insisté. Comme je cherchais une réponse, elle m’a dit : « C’était pour te faire marcher ! Elle ne me ressemble pas du tout. » Finalement, les gens se reconnaissent seulement lorsqu’on les représente de manière positive. -Dans Energies bloquées, comment choisissez-vous de varier le graphisme (couleur, noir et blanc, une vignette par page …) ? -Cet album est un recueil d’histoires réalisées en dix ans avec le groupe Actus Tragicus. C’est le groupe qui décidait du format car nous étions nos propres éditeurs et nous pouvions nous permettre d’avoir des considérations plus artistiques que financières. On avait une liberté totale. Dans les pays dits « libres », l’argent peut être un obstacle à la création artistique. Un éditeur peut vous demander, par exemple, de ne pas dessiner les dents d’un enfant car cela risque de déplaire au public. -Vous êtes vous inspirée, pour le graphisme, des bandes dessinées des années 50 ? -C’est exact, mais j’ai beaucoup d’autres sources. En général, je m’inspire du graphisme de vieilles photos pour dessiner le mobilier, les vêtements, même si je représente un monde contemporain. -Vous situez l’action de Retour à la maison en 2001 et vous parlez d’un pilote, Gadi, dont l’avion aurait été abattu au Liban six ans plus tôt, soit en 1995. A -J’ai peut-être confondu les dates. Israël a occupé le Liban pendant plusieurs années et je ne me rappelle plus quand les troupes ont quitté le Sud Liban. Pendant cette occupation, on ne parlait pas de « guerre du Liban », mais c’était quand même une guerre. |
19 février 2008
Français BEP : "Le tissu" de Jeanne Cherhal
ETUDE DE LA CHANSON LE
OBJECTIF : en cours de français/ECJS, étudier cette chanson en préambule à une réflexion sur la citoyenneté : « l’égale dignité de tous les êtres humains » et, en particulier, sur la condition de la femme au XXIe siècle.
Le texte de cette chanson est disponible sur www.paroles.net.
I. ETUDE DE LA CHANSON
1. Demander aux élèves de formuler des hypothèses quant au titre : qu’évoque-t-il pour eux ?
2. Audition de la chanson : quel est le style musical ? Quels sont les instruments utilisés ? (piano,
guitare, batterie …) Que peut-on dire du tempo ? (voix calme, rythme lent, qui s’accélère au sixième
couplet, puis redevient lent) Quel est le thème abordé ?
3. Structure de la chanson : elle est composée de 8 couplets et d’un refrain. Chaque couplet se compose de 6 vers (sauf le dernier qui en compte 9) : 4 de six syllabes et 2 de huit syllabes. Les rimes masculines et féminines alternent ; elles sont croisées.
4. Interprétation : mettre en évidence l’opposition entre les deux parties de la chanson, la rupture étant
assurée par le sixième couplet.
Quelle est la situation ? La chanteuse, qui a ici un rôle de narratrice témoin, prend l’avion. Elle remarque parmi les passagers une femme voilée, accompagnée de son mari. Focalisation externe. On peut noter de nombreux indices de son regard subjectif : « J’ai regardé en face », « Et je l’ai aperçue », « Me rendait triste », « Et je vis », « J’ai vu » … Elle concentre toute son attention sur cette femme et ne nous livre aucune information sur les autres passagers ou sur l’embarquement et le vol. Son interprétation des relations entre la femme et son mari se révèle d’ailleurs inexacte : elle n’est pas soumise à son mari, elle l’aime. Tous deux respectent la tradition du port du voile, et elle le retire d’un commun accord dès qu’ils ont quitté les Emirats.
Quel est le rôle du refrain ? Il traduit une certaine curiosité de la part de la chanteuse et crée chez l’auditeur une attente car il se demande comment elle a réussi à voir le corps de cette femme entièrement voilée.
Relever les expressions qui désignent le vêtement porté par la femme : « tissu », « rideau », « toile de tente », « camouflage », « linceul », « l’habit intégral », «voile », « longue toile ». Qu’évoquent-elles ? l’enfermement, la captivité, la mise en retrait, la censure, la mort (idée renforcée par « enterre »). Préciser de quel type de voile il s’agit grâce au lexique ci-après, c’est-à-dire un abaya.
Relever d’autres expressions qui appartiennent au champ lexical de la captivité : « chaînette », « prisonnière », « geôlier » …
Montrer que la femme ne fait qu’un avec le vêtement : « Cette femme-fantôme
Linceul et monochrome ».
En quoi sa tenue induit-elle son comportement ? Perdant toute trace de féminité « Flou souvenir des pleins, des creux », voire d’humanité : « Sur ce corps qui s’efface », elle reste silencieuse, absente, immobile.
Expliquer : «l’hypocrisie offerte à Dieu ».
Dans le couplet 6, quels termes montrent un changement d’état ? « soudain », « métamorphose ».
Pourquoi se libère-t-elle tout à coup ? Elle change de pays (Abu Dhabi est l’un des Emirats arabes unis et sa capitale ; on ignore d’ailleurs si elle vit à Abu Dhabi ou si la narratrice l’a remarquée à cet endroit de son voyage) et s’affranchit des traditions. Le couplet 5 annonce d’ailleurs cette évolution.
Pour montrer cette évolution, relever dans les couplets 7 et 8 le champ lexical de la liberté : « libérés », « se délier », « évadée ». Mettre en parallèle des expressions de la première et de la deuxième partie qui se font écho :
« Flou souvenir des pleins, des creux »/ « Elle était redevenue femme » ; « Rideau tiré sur les cheveux »/ « Les cheveux libérés » ; « La bouche qu’on enterre »/ « Elle embrassa velours ».
La chanson se termine donc sur une note optimiste, même si cette liberté semble précaire (Partent-ils en vacances ?). Noter la généralisation à la situation des femmes musulmanes : « Au nom de toutes celles ».
En quoi cette chanson est-elle engagée ?
Une chanson engagée prend parti, défend une cause en dénonçant des problèmes, des injustices, éventuellement en en révélant les causes et en proposant des solutions alternatives. Le tissu prend parti contre l’oppression des femmes dans certains pays musulmans.
[Sur l’album L’eau, dont cette chanson est extraite, Jeanne Cherhal interprète également On dirait que c’est normal, qui traite de l’excision.]
PETIT LEXIQUE DU VOILE (Le Monde 2, novembre 2003, p. 56) Hidjab : dérivé du verbe hajaba (« cacher »), ce mot désigne notamment, dans son sens premier, tout obstacle placé devant un objet ou un être pour l’isoler ou le soustraire à la vue d’autrui. Dans le langage courant, il désigne le foulard, voire, plus généralement, l’ensemble de la tenue féminine musulmane. Burqa : désigne le voile intégral des Afghanes, généralement de couleur bleue, couvrant l’ensemble du corps et du visage. Souvent muni d’une grille servant à cacher les yeux, il ressemble à la purdah portée par certaines femmes indiennes ou pakistanaises. Ces termes auraient un lien avec le mot arabe burdah (« manteau »), renvoyant à l’un des vêtements en poils de chèvre du Prophète. Tchador : voile de couleur noire porté en Iran. Ce terme renvoie aussi bien au foulard couvrant la tête qu’à la robe ample qui l’accompagne. Le tchadri, variante du tchador iranien, désigne le voile de mousseline noire porté, de manière similaire, dans certaines régions d’Afghanistan. Abaya : voile noir couvrant tout le corps, des cheveux aux chevilles, porté notamment dans les pays du Golfe. Niqab : accessoire très ancien, généralement en voile, rabattu en partie ou en totalité sur le visage, mais laissant une ou deux fentes pour les yeux. |
Ces deux extraits proposent un regard différent sur le port du voile.
L’auteur, Lucie Werther, physicienne et photographe, a 27 ans quand elle arrive à Ryad en 2003, venant de France. Accompagnant son mari qui y a été muté par son entreprise, elle y a passé deux ans. Extrait n° 1 (p. 74-75) : Histoire de voile Il y a quelques jours, je me trouvais dans un centre commercial, la tête nue comme la plupart des Occidentales. En sortant des toilettes, j’ai tenu la porte à une femme complètement cachée derrière son voile. Au lieu d’un merci, celle-ci m’a dit alors d’une voix ferme : « Islam, islam. » J’aurais voulu voir son visage pour saisir le sens de ses propos. Mais que répondre à un voile noir ? J’ai raconté cette anecdote à Nour. Elle pense que cette femme voulait que je me couvre pour mon bien. Ces mots « Islam, islam » étaient sa façon de me dire : « Tu es jolie et ce n’est pas bien que des hommes te voient ». Extrait n° 2 : Barbes et voiles (p. 91) Un autre cliché occidental dont il est difficile de se défaire est d’associer le port du voile à l’oppression de la femme. J’ai moi aussi parfois du mal à ne pas céder à la tentation de faire ce raccourci vestimentaire. Beaucoup d’expatriés regardent toujours avec la même incrédulité les silhouettes noires et sans forme des Saoudiennes. Et ils se disent pour la énième fois : « Ce n’est pas possible qu’elles aient envie d’être empaquetées comme ça ! » Evidemment, si l’on m’obligeait un jour à me couvrir des pieds à la tête, je me sentirais opprimée et je crierais à l’aide. Ce serait une privation terrible de liberté. Je ne suis pas saoudienne. Ma mère ne portait pas l’abaya. Le voile est contre ma culture. Les Saoudiennes n’ont pas la même histoire. Leur raisonnement diffère du mien. Faire du voile et de l’abaya un symbole de l’oppression des femmes saoudiennes dessert leur cause. C’est s’arrêter aux apparences et ignorer les problèmes auxquelles elles sont confrontées quotidiennement. Les pressions familiales, le poids des traditions, les interdits et le manque de liberté, les harcèlements des mouttawa’in et la suprématie de l’homme à tous les niveaux de la société. Elles sont privées de certains droits et libertés élémentaires : elles ont besoin de l’autorisation d’un homme pour travailler, étudier, voyager, faire opérer leur enfant, louer un appartement et même obtenir leur carte d’identité. Le voile n’est qu’un morceau de tissu. [mouttawa’in = membres de la police religieuse L’Arabie Saoudite et Abu Dhabi sont des monarchies fondées sur une interprétation stricte de la loi islamique, la charia.] WERTHER, Lucie. Journal d’une Française en Arabie Saoudite. Plon, 2005. 2-259-20283-1 14,50 € |
Extrait 1 : que vous inspire l’attitude de cette femme saoudienne vis-à-vis d’une Occidentale non voilée ?
Extrait n° 2 : comparez le point de vue de deux Françaises : celui du personnage de Jeanne Cherhal et celui de Lucie Werther. Lequel vous semble le plus objectif ? Le plus complet sur la situation des femmes ?
II. DEBAT
Les élèves préparent les échanges en effectuant des recherches sur Internet et dans les documents mis à leur disposition au CDI, sur les thèmes suivants :
-droits des femmes actuellement en Irak et en Arabie saoudite
-situation des femmes actuellement en France : subsiste-t-il des inégalités par rapport aux hommes dans le milieu professionnel (chômage, carrières, retraites …) et politique ? Quelles lois récentes ont été votées en faveur des femmes ?
13 février 2008
Français BEP : "Lily" de Pierre Perret : l'ironie, le racisme
ETUDE DE LA CHANSON LILY
OBJECTIF : étudier le ton du discours : l’ironie.
Pour cette chanson, Pierre Perret a obtenu le prix de la L.I
Le texte est disponible sur www.paroles.net.
1. Audition de la chanson : quel est le style musical ? Quels sont les instruments utilisés ? Quel est le
thème abordé ?
2. Structure de la chanson : la chanson est composée de 11 couplets et il n’y a pas de refrain. (On
peut considérer que la répétition de Lily et la répétition du premier couplet à la fin en tiennent lieu.)
Chaque couplet se compose de 5 octosyllabes. Les rimes sont suivies (plates).
3.
FAITS, REFERENCES A EXPLIQUER (Certains ancrent la chanson dans un contexte historique précis.) Somalie : Etat d’Afrique, sur l’océan Indien. En 1977-78, un conflit oppose l’Ethiopie (soutenue par l’URSS) et la Somalie au pays d’Voltaire et d’Hugo : rappeler les combats de Voltaire et d’Hugo, l’un contre la torture et l’erreur judiciaire (affaires Callas, Sirven, La Barre Mais pour Debussy, en revanche, Il faut deux noires pour une blanche : ces vers sont-ils seulement une référence musicale au fait qu'il faut deux notes noires pour égaler la durée d'une note blanche ou font-ils référence à une déclaration de Claude Debussy (1862-1918, compositeur français) ? rue Secrétan : rue du 19e arrondissement de Paris. Memphis : ville des Etats-Unis (Tennessee), sur le Mississippi. Angela Davis : née en 1944 en Alabama, militante afroaméricaine communiste des droits de l’homme, membre des Black Panthers dès 67, symbole de la lutte des Noirs et des femmes, pour leur émancipation, dans les années 70. Accusée d'avoir participé à une prise d'otages, elle est arrêtée, emprisonnée pendant seize mois avant d'être jugée et acquittée. Cette affaire connaît un retentissement international. En France, Jean-Paul Sartre, Pierre Perret et des milliers de manifestants la soutiennent. Qui foutent le feu aux autobus : des émeutes raciales ont eu lieu aux Etats-Unis dans les années 60, et plus particulièrement en 65 à Los Angeles, dans le quartier noir de Watts. |
4. Interprétation :
Lily et le racisme : mettre en évidence les différentes manifestations du racisme, en France et aux Etats-Unis :
en France :
-on refuse à Lily un hébergement dans un hôtel
-les immigrés ont les emplois les moins qualifiés, ce qui donne une impression de ghettoïsation (ses frères de couleur)
-on désigne Lily de manière moqueuse ou méprisante : Blanche-Neige, ça
-la famille de son fiancé refuse ce mariage mixte. Noter la formulation stéréotypée de la belle-famille : « On n’est pas racistes, mais … » Remarquer que le « beau blond frisé » est le seul personnage Blanc faisant preuve d’ouverture d’esprit.
aux Etats-Unis :
-des autobus sont interdits aux gens de couleur (période de ségrégation qui dura de 1880 à 1970-80)
Ce racisme, très primaire, est lié à la couleur de peau (Blanche-Neige, deux noires pour une blanche …).
Mettre en évidence la vision idyllique/utopique qu’a Lily du monde ou de la société et la réalité à laquelle elle se heurte :
-elle croyait qu’on était égaux
-elle rêvait de fraternité
-elle aurait pas cru sans le voir
Comment Lily évolue-t-elle psychologiquement face au racisme ? Au début, elle est naïve et ignore l’existence du racisme. Face à ce problème, d’abord, elle serre les dents, puis elle se révolte en participant à des émeutes.
Comment expliquez-vous cette évolution ? Le désespoir amoureux, sa prise de conscience progressive de l’ampleur du racisme (France, Etats-Unis ..), les idées d’Angela Davis la poussent à la révolte.
Commenter le dernier couplet en expliquant l’expression la couleur de l’amour. Le terme couleur est employé à quatre reprises dans la chanson. Quelles en sont les différentes nuances de sens ?
Que pensez-vous de l’avenir que le chanteur prédit à Lily ? Il semble très optimiste, mais est tempéré par la répétition du premier couplet.
L’ironie : établir une liste des marques d’ironie et les expliquer en s’appuyant sur cette double définition. Classer les exemples selon qu’ils se rapportent à la définition 1 ou 2.
ironie : 1. Raillerie consistant à ne pas donner aux mots leur valeur réelle ou complète ou à faire entendre le contraire de ce qu’on dit. 2. Fig. Contraste entre une réalité cruelle et ce que l’on pouvait attendre. Ironie du sort. (Le Petit Larousse) |
-… émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris
-situation ironique : c’est Lily, une Africaine, qui porte les valeurs de la République la France
-l’accompagnent au marteau piqueur (sens ici : « soutenir par un accompagnement musical »)
-la belle-famille (jeux de mots ironique sur « belle » ?)
-Elle a essayé l’Amérique, Lily
Ce grand pays démocratique, Lily
Mise en commun.
Pour que l’ironie fonctionne, une connivence avec le destinataire (ici : l’auditeur de la chanson) est nécessaire. Celui doit en effet être capable d’identifier les indices lui permettant de comprendre que l’énonciateur n’est pas d’accord avec les idées qu’il affirme : ton décalé par rapport aux propos tenus, vocabulaire exagéré, contexte … |
Pour chacune de ces marques d’ironie, identifiez les indices par lesquels le chanteur fait comprendre son désaccord avec ce qu’il déclare :
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris : l’indice est la situation : il est difficile de croire que l’unique but des émigrés en venant en France est d’effectuer ce travail aussi pénible, et que ce travail est un choix de leur part.
L’accompagnent au marteau piqueur : l’indice est le décalage entre le bruit assourdissant d’un marteau piqueur et le son mélodieux d’un instrument de musique.
Ce grand pays démocratique : l’indice est le contexte socioculturel : les conditions de vie des Noirs contredisent la notion de démocratie.
Quelle est votre conclusion : pourquoi cette ironie ? Ces marques d’ironie révèlent la présence du chanteur à travers tout le texte. Son intention est, bien sûr, de dénoncer le racisme, quel que soit le pays où il sévit. Sa présence se fait explicite dans le dernier couplet, lorsqu’il s’adresse directement à Lily : Tu connaîtras un type bien …
Rapprocher cette chanson du texte de Montesquieu De l’esclavage des nègres (De l’Esprit des Lois, Livre XV, chapitre 6, 1748), qui repose, lui aussi, sur l’ironie.
5. Expression écrite.
A propos d’une situation qui vous choque en France ou dans le monde (SDF, guerre …), écrivez une lettre ironique au Président de la République
Préparation : l’expression de l’ironie : les idées que vous voulez transmettre/ par quels moyens faire entendre le contraire de ce que vous écrivez ? Par quels indices faire comprendre que vous n’êtes pas d’accord avec ce que vous affirmez ?
07 janvier 2008
Français BEP : lecture suivie : "Quinze ans, charmante mais cinglée" de Sue Limb
QUINZE ANS, CHARMANTE MAIS CINGLEE DE Sue LIMB, GALLIMARD JEUNESSE, 2005
2-07-050860-0 12,00 €
OBJECTIFS : faire découvrir dans son intégralité une œuvre de littérature de jeunesse, réfléchir à la manière dont l’adolescence est présentée dans cette fiction, rencontrer l’auteur.
Corrigé sur demande www.christiankrock@yahoo.fr
Résumé sur la quatrième de couverture : Si seulement Jess pouvait voir son père plus souvent, si seulement sa mère s’intéressait davantage à elle plutôt que de passer son temps à des manifestations pacifistes. Et si elle pouvait être aussi sublime que sa meilleure amie Flora, alors la vie serait moins catastrophique ! Mais ce qu’elle aimerait par-dessus tout, c’est que Ben Jones, le garçon le plus séduisant de la terre, la remarque. Pour le conquérir, Jess déploie des trésors d’imagination - ce dont elle ne manque pas ! – quitte à se retrouver parfois dans des situations impossibles.
Entre émotions et éclats de rire, Sue Limb croque tout en justesse le portrait d’une adolescente décalée, avec ses rêves et ses envies, ses doutes et ses réflexions face à la vie. Une héroïne désarmante, et tellement irrésistible !
Séance 1 : chapitres 1 et 2 : dresser le portrait physique et psychologique de Jess.
Lisez les chapitres 1 et 2 et complétez ce tableau en effectuant des relevés.
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JESS |
FLORA |
TIFFANY |
PHYSIQUE |
ce qui est écrit :
ce que l’on devine :
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PSYCHOLOGIQUE |
-centres d’intérêt :
-don pour les études : ce que l’on devine : . . . -qualités : -défauts : |
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MILIEU SOCIAL |
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Conclusion sur la personnalité de Jess : comment se sent-elle par rapport à ses camarades ?
Chapitre 3 : Jess et Flora achètent des vêtements pour aller à la fête de Tiffany. Les essayages font se lamenter Jess sur son physique. Elle se fabrique de faux seins avec des sacs remplis de soupe.
Chapitre 4 : Chez Tiffany, Flora est la reine de la fête. La soirée vire à la catastrophe car l’un des garçons invités, Whizzer (William Izard), trop empressé envers Jess, crève les sacs de soupe. Elle nettoie les dégâts dans les toilettes et rentre chez elle.
Séance n° 2 : chapitre 5 : étudier les relations entre Jess et sa mère
1. D’après ce que l’on sait grâce aux chapitres précédents, Jess a-t-elle de bonnes
relations avec sa mère ? Donnez des exemples.
2. Quels détails dans l’attitude de la mère annoncent le conflit avec Jess ? (p. 32)
De son côté, dans quel état d’esprit Jess, de retour de la fête, se trouve-t- elle ?
3. Quel est la cause du conflit ?
4. En quoi la phrase : « La chambre de Jess était la seule chose parfaite dans sa vie. »
prend-elle alors tout son sens ?
5. Relevez les arguments de Jess et de sa mère au sujet de la chambre.
Jess :
sa mère :
6. Qui sort vainqueur du conflit ? Comment cet affrontement se conclut-il ?
7. Relevez le champ lexical de la colère (p. 34-36). Qu’observez-vous ?
8. Montrez que le chapitre se clôt néanmoins sur une note humoristique.
Conclusion : caractérisez les relations que Jess entretient avec sa mère.
Chapitre 6 : Jess se réfugie chez Fred, son ami d’enfance. Elle passe la nuit chez ses parents, qui l’accueillent avec beaucoup d’attentions.
Chapitre 7 : Jess compare son père à celui de Fred, deux hommes bien différents. Quand elle rentre à la maison, elle s’aperçoit que sa mère est partie chercher sa grand-mère et qu’elle lui a laissé sa grande chambre.
Chapitre 8 : Dans un café, Flora questionne Jess sur l’incident des sacs de soupe. Chacun pense qu’elle a été malade et la supercherie des faux seins n’a pas été découverte. Flora va faire partie du groupe de rock du lycée en tant que chanteuse. La grand-mère de Jess et celle de Flora sont bien différentes. Quand elle est de retour à la maison, sa mère lui apprend par téléphone que sa voiture est en panne et qu’elle ne rentrera pas ce soir. Elle décide alors d’inviter Flora, Mackenzie et Ben Jones.
Séance n° 3 : chapitre 9 : étudier les obstacles à une relation amoureuse
1 . A quels détails des chapitres précédents sait-on que Jess est follement
amoureuse de Ben ?
D’après vous, qu’attend-elle de cette soirée ?
2. Relevez tous les incidents qui vont faire de cette soirée « un cauchemar absolu » et classez-les en plusieurs catégories.
3. Par quel moyen Jess réussit-elle à surmonter son mal-être ? (p. 64)
4. Lorsque Jess se retrouve seul avec Ben, parviennent-ils à communiquer ? A quoi le voit-on ?
5. Comment Jess réagit-elle à la proposition de Ben ? (p. 72-73)
Conclusion : quel regard l’auteur porte-t-il sur ces adolescents ?
Chapitre 10 : Jess passe de l’euphorie à l’abattement car elle figure sur la cassette qui va être visionnée chez Tiffany (une caméra a filmé les filles qui sont allées aux toilettes pendant la soirée donnée par Tiffany). Elle pense que Ben l’a invitée à boire un verre pour la questionner sur Flora, à la demande de Mackenzie, qui veut savoir si elle l’aime vraiment. Comment détruire la vidéo ? Elle demande conseil à Fred, puis à son père.
Chapitre 11 : Au cours de la soirée de visionnage, la cassette disparaît. Jess s’efforce de tenir les bonnes résolutions qu’elle a prises pour le cas où elle serait sauvée. Fred, qui l’a substituée, la lui rend.
Chapitre 12 : Jess rentre à la maison avec la cassette. Sa mère, qui a vu le paquet, a de lourds soupçons quant à son contenu (drogue ?).
Chapitre 13 :Jess, sa mère et sa grand-mère visionnent la cassette. Jess réussit à voir la fin seule, puis elle détruit la cassette, finalement moins compromettante qu’elle ne le craignait.
Chapitre 14 : Jess et Flora se querellent à propos de Fred. Cours de géographie, à l’issue duquel Jess reçoit une heure de colle. Elle se réconcilie avec Flora. Les filles comparent les garçons à des animaux. Tout le monde semble persuadé que Jess sort avec Ben. Le soir, elle fantasme sur Ben.
Séance n° 4 : chapitres 15-16 : étudier une technique narrative : le rebondissement, générateur de suspense
rebondissement : développement nouveau et imprévu d’une affaire après un arrêt momentané
Chapitre 15
1. Maintenant que « l’affaire » de la cassette a été résolue, l’intrigue pourrait-elle trouver sa conclusion
à la fin du chapitre 14 ? Pourquoi ?
2. Quel événement relance l’action ?
3. A
Imaginez un événement qui pourrait empêcher Jess d’aller à la fête.
Chapitre 16
4. Relevez les rebondissements successifs qui vont empêcher Jess de se rendre à la fête.
5. Notez les éléments de suspense.
Possibilité d’étudier, dans ces deux chapitres, le schéma narratif en miniature : situation initiale, événement perturbateur, péripéties, événement équilibrant, situation finale.
Conclusion sur les conséquences de ces rebondissements pour l’intérêt de l’intrigue, pour le lecteur.
[Possibilité d’étudier le comique dans le chapitre 16 en se basant sur la définition que Sue Limb donne de la comédie au cours de l’entretien (voir ci-après).]
Chapitre 17 : Jess tente de se réconcilier avec Fred à la bibliothèque du lycée. Considérations sur un livre traitant de la sexualité. Fred ne prête pas attention à elle. La rumeur de la visite de Ben chez Jess a fait le tour du lycée. Ben la rejoint à la bibliothèque, au grand désarroi de celle-ci car elle craint que Fred soit jaloux de les voir ainsi ensemble.
Chapitre 18 : Jess veut absolument obtenir le pardon de Fred. L’attendant à la sortie du lycée, elle le voit partir dans la voiture de Mr Fothergill, le professeur d’anglais.
Chapitre 19 : Après avoir tenté de joindre Fred par téléphone, Jess se rend chez lui (contre l’avis de sa mère) pour lui demander pardon, mais il est sorti.
Séance n° 5 : chapitre 20 : étudier les conflits familiaux. Ce travail peut être réalisé en groupes.
Lisez le chapitre et remplissez ce tableau.
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CONFLIT N° 1 (première partie : p. 153-156) |
CONFLIT N° 1 (deuxième partie : p. 158 |
CONFLIT N° 2 : p. 158-159 |
CONFLIT N° 3 : p. 161 |
PERSONNAGES EN CONFLIT |
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CAUSE DU CONFLIT |
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MANIFESTA-TIONS DE LA COLERE Conclusions sur vos relevés : |
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ISSUE DU CONFLIT |
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Conclusion sur le rôle joué par la grand-mère et sur l’ambiance familiale.
Chapitre 21 : Fred est rédacteur en chef du journal du lycée. Jess est vexée car il ne lui a pas demandé d’article. Les professeurs de musique lui proposent de faire partie du groupe du lycée, qui va jouer lors du spectacle de fin d’année, mais elle refuse. Ben lui confie qu’il a intégré le groupe à contrecœur. Moment de gêne pour Jess à qui Fred demande de lui rendre l’argent qu’il lui avait donné pour acheter le cadeau d’anniversaire de sa mère. Fred lui propose vaguement de rédiger un article sur le groupe.
Chapitre 22 : Un inconnu a essayé de joindre Jess au téléphone. Elle est toujours fâchée avec Fred et a des difficultés pour communiquer avec Flora. En cours d’anglais, elle écrit une petite annonce humoristique pour le journal et imagine un « troisième sexe ». Mr Fothergill, qui en prend connaissance, lui propose d’écrire une chronique humoristique pour le journal, mais elle refuse. Elle va rédiger un monologue pour le spectacle de fin d’année.
Séance 6 : résumez les chapitres 23 et 24.
Vous ne retiendrez que les évènements qui font progresser l’action. Vous emploierez le présent de narration.
Chapitre 23 : La passion de Jess pour Ben s’étiole, mais elle aimerait quand même qu’il soit amoureux d’elle. Le groupe connaît des luttes intestines (par exemple, Flora n’est pas d’accord avec Mackenzie qui veut qu’elle danse sur le devant de la scène). Les artistes demandent conseil à Jess.
Chapitre 24 : Jess, qui assiste à une répétition du groupe, le trouve très mauvais. Elle conseille aux musiciens de jouer le plus mal possible. Ben lui décoche un regard d’amour pur.
Chapitre 25 : Mr Fothergill aide Jess à rédiger son sketch pour le spectacle. Fred l’ignore toujours. Mr Fothergill la reconduit chez elle en voiture, en compagnie de Fred, et elle doit s’asseoir sur ses genoux. Jess est grippée. Elle ne pourra pas jouer son monologue.
Chapitre 26 : Jess est toujours malade. Flora et Ben viennent prendre de ses nouvelles. Le groupe a eu beaucoup de succès. Flora a joué le sketch de Jess à sa place. Celle-ci en est affectée.
Chapitre 27 : Jess est dépressive, tandis que Flora est très fière de sa prestation, qui a été très appréciée. Jess désespère de jamais séduire Ben. Flora rompt avec Mackenzie parce qu’ elle trouve qu’il a un caractère difficile et parce qu’elle est amoureuse, non pas de Ben comme Jess l’avait toujours cru, mais de … Fred
PREMIERE PARTIE
Séance 7 : p. 216 et chapitres 28 et 29 : étudier les relations amoureuses entre les adolescents
1. Flora et Fred (p. 216 et chapitre 28)
Dites qui est amoureux de qui, expliquez comment cette relation est mise en
scène : expression des sentiments, présentation de l’être aimé, réaction du
rival éconduit (de qui s’agit-il ?), réciprocité ou non de cet amour ? …
Dites si Jess et le lecteur avaient deviné cette relation.
2.Jess et Ben (p. 221-222) Résumez l’évolution de cette relation au cours du roman.
3. Jess et Fred (chapitre 29)
Décrivez l’évolution de leurs relations dans ce chapitre.
Grâce à qui s’avouent-ils leur amour ? Que pensez-vous de la manière dont ils se l’avouent ? (p. 229) Pourquoi, selon vous ?
Quelle preuve d’amour Fred donne-t-il à Jess ? (p. 230)
Jess avait-elle deviné qu’elle était amoureuse de Fred ? Et le lecteur ?
Conclusion : ces deux chapitres comportent de nombreux coups de théâtre et révélations : dressez-en la liste.
DEUXIEME PARTIE
1. Marivaux, auteur français du XVIIIe siècle, a défini ainsi le sujet de ses pièces de théâtre : « Dans mes pièces, c’est tantôt un amour ignoré des deux amants, tantôt un amour qu’ils sentent et qu’ils veulent se cacher l’un à l’autre, tantôt un amour timide qui n’ose se déclarer ; tantôt enfin un amour incertain et comme indécis, un amour à demi né, pour ainsi dire, dont ils se doutent sans être bien sûrs, et qu’ils épient au-dedans d’eux-mêmes avant de lui laisser prendre l’essor ». (cité par D’Alembert dans son Eloge de Marivaux, 1785)
En quoi les relations amoureuses dans le roman se rapprochent-elles de ces définitions ?
2. Lisez cet extrait des Fausses Confidences de Marivaux (1738).
Le sujet de la pièce : Une jeune et riche veuve, Araminte, a remarqué Dorante, un jeune homme pauvre – mais séduisant – qu’elle engage comme intendant, sans savoir qu’il l’aime. ARAMINTE Il y a quelque chose d’incompréhensible dans tout ceci ! Voyez-vous souvent la personne que vous aimez ? DORANTE, toujours abattu. Pas souvent à mon gré, Madame ; et je la verrais à tout instant, que je ne croirais pas la voir assez. ARAMINTE, à part. Il a des expressions d’une tendresse ! (Haut.) Est-elle fille ? A-t-elle été mariée ? DORANTE Madame, elle est veuve. ARAMINTE Et ne devez-vous pas l’épouser ? Elle vous aime, sans doute ? DORANTE Hélas ! Madame, elle ne sait pas seulement que je l’adore. Excusez l’emportement du terme dont je me sers ; je ne saurais presque parler d’elle qu’avec transport. ARAMINTE Je ne vous interroge que par étonnement. Elle ignore que vous l’aimez, dites-vous, et vous lui sacrifiez votre fortune ? Voilà de l’incroyable. Comment, avec tant d’amour, avez-vous pu vous taire ? On essaye de se faire aimer, ce me semble ; cela est naturel et pardonnable. DORANTE Me préserve le ciel d’oser concevoir la plus légère espérance ! Être aimé, moi ! Non, Madame ; son état est bien au-dessus du mien ; mon respect me condamne au silence, et je mourrai du moins sans avoir eu le malheur de lui déplaire. ARAMINTE Je n’imagine point de femme qui mérite d’inspirer une passion si étonnante ; je n’en imagine point. Elle est donc au-dessus de toute comparaison ? DORANTE Dispensez-moi de la louer, Madame, je m’égarerais en la peignant. On ne connaît rien de si beau ni de si aimable qu’elle, et jamais elle ne me parle ou ne me regarde que mon amour n’en augmente. ARAMINTE baisse les yeux et continue. Mais votre conduite blesse la raison. Que prétendez-vous, avec cet amour pour une personne qui ne saura jamais que vous l’aimez ? Cela est bien bizarre. Que prétendez-vous ? DORANTE Le plaisir de la voir quelquefois, et d’être avec elle, est tout ce que je me propose. ARAMINTE Avec elle ! Oubliez-vous que vous êtes ici ? DORANTE Je veux dire avec son portrait, quand je ne la vois point. (Les Fausses Confidences, acte II, scène 15) |
En quoi ce texte illustre-t-il cette définition du marivaudage : langage raffiné et
précieux utilisé dans l’expression de la passion amoureuse et dont le modèle est le théâtre de
Marivaux ? (Dictionnaire Le Petit Larousse)
Quelles situations identiques présente-t-il avec le chapitre 29 du roman ?
Conclusion générale sur le roman : que pensez-vous de la manière dont les adolescents y sont décrits ? Vous semble-t-elle réaliste ? Vous identifiez-vous aux personnages ? Justifiez.
Productions écrites intermédiaires :
séance 1 : rédiger un portrait humoristique d’un(e) camarade de votre choix
séance 3 : les registres de langue : réécrire les dialogues de la p. 61 en langage soutenu.
A l’issue de la rencontre, rédiger un article de presse destiné à la revue municipale.
Production écrite évaluée : Jess envoie un courriel à son père pour lui raconter qu’elle a rencontré le grand amour en la personne de Fred. Elle lui fait des confidences sur l’évolution de leur relation depuis qu’ils se connaissent (déterminez le point de vue, sélectionnez, dans ce que vous savez d’elle, ce qu’elle choisit de raconter et de ne pas évoquer …)
RENCONTRE ENTRE Sue LIMB ET DES ELEVES DE BEP AU SALON DU LIVRE ET DE LA PRESSE JEUNESSE
BIOGRAPHIE : Sue Limb, née en Angleterre en 1946, a
BIBLIOGRAPHIE :
Seize ans, franchement irrésistible, Gallimard Jeunesse, 2007
Seize ans ou presque, torture absolue, Gallimard Jeunesse, 2007
Ruby Rogers, mon plan secret, Gallimard Jeunesse, 2007
Reviens, grand-mère, Mijade, 1991
-Pourquoi avez-vous écrit Quinze ans, charmante mais cinglée ?
-J’écrivais pour des adultes et cela m’ennuyait car j’écrivais sur les adultes alors que je suis moi-même adulte. J’ai eu envie de revisiter ma jeunesse et de me rappeler ce que c’est qu’être adolescent.
-Quand avez-vous commencé à écrire ?
-Avant, j’étais enseignante. J’ai beaucoup aimé enseigner car je trouve les
adolescents très intéressants. Actuellement, j’ai 61 ans et atteindre cet âge-là, c’est un peu comme être adolescente. L’adolescence, c’est une transition entre l’enfance et l’âge adulte. On est toujours obsédé par ses tenues vestimentaires. A 61 ans, on est dans une période de transition entre la maturité et la vieillesse. Je suis tout le temps en train de me demander ce que je dois porter, mais, au lieu de compter mes boutons, je compte mes rides.
-Vous avez enseigné en 1982 dans une prison de Londres. Qu’est-ce que cela vous a apporté ?
-Cela m’a donné l’occasion d’enseigner l’anglais, à des groupes de sept à huit élèves et je ne travaillais que le matin. C’étaient presque des cours particuliers. Le niveau de mes élèves était très hétérogène puisque certains préparaient un diplôme alors que d’autres apprenaient à lire. Je me suis rendu compte à quel point l’apprentissage peut motiver dans une situation aussi difficile. D’une manière générale, je crois que je n’avais pas assez de charisme pour passer toute une vie à enseigner. J’ai commencé à écrire à l’âge de 30 ans.
-Pourquoi pas avant ?
-Parfois on veut être écrivain mais on n’arrive pas à commencer. Il faut avoir l’expérience de la vie et avoir confiance en soi. Certains auteurs, qui ont un grand succès, ont commencé à 40 ou 60 ans. Cela vient petit à petit. Pour écrire, il faut de l’imagination et une discipline. Quand on a des difficultés pour avancer dans l’écriture, il faut s’adonner à des tâches ménagères et l’inspiration revient. Donc, lorsque vous allez chez un écrivain et que sa maison est mal rangée, vous pouvez lui dire : « Votre livre avance bien ! » En effet, écrire occupe tout votre temps.
-Quelle est la part de fiction et de réalité dans Quinze ans, charmante mais cinglée ?
-C’est un mélange des deux. L’histoire est complètement fictive, mais elle est basée sur des personnages et des sentiments vrais.
-Comment vous est venue l’idée du personnage de Jess ?
-Jess, c’est moi quand j’avais quinze ans. Je voulais être comédienne et j’étais
très embarrassée par mon corps. A l’adolescence, j’avais l’impression que mon visage était trop grand, mes cheveux trop courts, que j’avais peu de poitrine, ce qui n’a pas changé d’ailleurs. A onze ans, j’ai trouvé un soutien-gorge de ma mère, je l’ai essayé dans la salle de bains, mais je n’avais rien à mettre dedans. Je l’ai rembourré avec une paire de chaussettes de mon père et j’ai eu beaucoup de succès. Jess déteste son corps, mais cela ne l’empêche pas de faire des blagues.
Pour l’écriture, je suis influencée par Jane Austen, comme d’autres écrivains sont influencés par d’autres auteurs. Dans ses romans, le bonheur est très difficile à atteindre par ses personnages. J’aime cette idée que l’héroïne pense être amoureuse de quelqu’un et découvre ensuite qu’elle est amoureuse de quelqu’un d’autre. Dans Quinze ans, charmante mais cinglée, Jess est d’abord amoureuse de Ben Jones, qui ressemble à Brad Pitt, puis elle comprend que ce n’est pas un garçon pour elle. Elle a un ami très amusant, Fred, qui est son meilleur copain, mais quand sa meilleure amie, Flora, se rapproche de Fred, Jess s’aperçoit qu’elle est en réalité amoureuse de lui. Elle découvre des choses sur elle-même.
-Pourquoi utilisez-vous de l’argot ?
-Ma fille a 22 ans. Elle avait 17 ans quand elle a commencé à lire le manuscrit et elle m’a dit : « Mais les jeunes ne parlent pas comme ça ! » J’ai alors lu des magazines qui parlent des célébrités, regardé des émissions TV pour les jeunes et … j’avoue que j’y suis devenue accro. Cela m’a appris comment parlent les adolescents. Ma fille m’a suggéré de modifier les dialogues que j’avais écrits. Vous remarquerez d’ailleurs la dédicace adressée à ma fille Betsy (p. 4) car elle m’a beaucoup aidée. Mon éditeur anglais est très prude et retire les gros mots du livre. Désolée s’il en reste suffisamment pour que vous soyez choqués !
-Jess semble avoir des relations difficiles avec sa mère. Pourquoi ?
-J’ai moi-même entretenu des relations difficiles avec ma mère. Lorsque je suis née, elle était déjà assez âgée, presque de l’époque victorienne. Elle était pudibonde et n’abordait pas certains sujets. C’est ainsi que je n’ai pas eu d’éducation sexuelle. Elle ne parlait jamais ni d’amour, ni de mariage. Avec l’âge, elle est devenue plus ouverte. Nos rapports se sont tendus lorsque je suis devenue adolescente. Finalement, Jess est beaucoup plus proche de sa mère que moi, de la mienne. En effet, sa mère est plus moderne que la mienne, elle s’inquiète pour elle. Dans mon cas, lorsque j’ai connu mon premier petit ami, à 17 ans, ma mère m’a dit : « C’est ridicule de courir après les garçons comme ça ! » (voir p. 158 du roman). A 23 ans, quand j’ai rencontré un homme que je voulais épouser, je lui en ai parlé une première fois, mais, quelques jours plus tard, quand je lui en ai reparlé, elle m’a dit qu’elle n’était pas au courant ! Une autre différence avec Jess est que son père est divorcé et vit loin d’elle alors que j’ai grandi avec mes deux parents.
-Quinze ans est-il votre livre préféré ?
-Trois de mes livres ont été publiés en France. Mon préféré est le troisième : Seize ans, franchement irrésistible car c’est celui que j’ai trouvé le plus facile à écrire. Le deuxième, au contraire, Seize ans ou presque, torture absolue, m’a demandé des réécritures constantes. Jess va rendre visite à son père à Saint-Ives et fait des découvertes sur lui, sur le monde adulte et sur la vie de ses parents. Le troisième tome met en scène les amis de Jess et leur vie à l’école. J’ai eu l’impression que quelqu’un chuchotait l’histoire à mon oreille, comme si on me la dictait. Il n’y a pas beaucoup d’adultes dans ce livre et j’ai trouvé cela libérateur, amusant. J’ai plaisir à le relire. Le quatrième tome, qui n’a pas encore été publié en France, se passe en France, à l’occasion d’un échange linguistique. Jess a un correspondant français bien différent de ce qu’elle avait imaginé.
-Le livre a été publié dans combien de pays ?
-Il a été traduit en plusieurs langues : en français, italien, espagnol, russe, estonien, suédois, finlandais et hollandais. Il a même été publié en Israël et en Indonésie.
-Croyez-vous aux fantômes et au paranormal ?
-Cela m’arrive. J’habite dans une vieille maison de campagne (cottage) et des phénomènes étranges s’y produisent quelquefois. Je faisais une sieste un après-midi, j’étais allongée sur mon lit et je ne trouvais pas le sommeil. J’ai fini par m’endormir et j’ai été réveillée par une présence. Il m’a semblé que quelqu’un était assis sur le lit, amis je n’ai vu personne. Deux ans plus tard, j’ai rencontré la femme qui m’avait vendu le cottage et je lui ai demandé : « Au fait, quand vous y habitiez, n’avez-vous rien constaté d’étrange ? » Elle m’a alors raconté la même histoire. malgré ces événements curieux, l’ambiance est tout à fait agréable. J’ai donné un nom à ce fantôme, que je considère comme un animal familier. je l’ai appelé Doris et, lorsque j’entends des bruits bizarres, je m’écrie : « Ca suffit, Doris ! » Une autre anecdote : j’ai entendu mon père dire aux chiens de se taire dix-huit mois après sa mort, alors que je ne pensais pas du tout à lui. Tout cela me donne de la matière pour écrire. Je vis dans une ferme avec mon mari et je me sers de ce cottage pour écrire. Il m’arrive de passer la nuit à écrire, mais je n’ai pas peur. J’ai plus peur des gens.
-Aimez-vous l’humour de Mr Bean ?
-Enormément. Dans un avion, alors que je regardais une de ses émissions sur un moniteur, je suis devenue hystérique. Il y avait une femme très chic assise à côté de moi qui, visiblement, le détestait puisqu’elle m’a dit : « Qu’est-ce que c’est bête ! » Je lui ai répondu : « Moi, je trouve ça génial ! » Selon moi, la comédie ne repose pas, comme on le croit, sur des situations amusantes, amis sur des situations difficiles de la vie courante. L’embarras est une source très riche de comédie, surtout lorsqu’un incident arrive en public (ex : perdre une chaussure) et que l’on a le sentiment de ne plus être maître de la situation. L’inquiétude, la peur, le sérieux sont générateurs de comique. Pour faire rire, inventez un personnage et mettez-le face à un problème.
08 novembre 2007
Français BEP : "Le Noirataga", sketch de Muriel Robin : le racisme
LE NOIR, SKETCH DE Muriel ROBIN (1990) – Durée : 5 mn
Ce sketch est disponible sur www.videohumour.net.
OBJECTIF : ce support peut permettre de lancer un débat sur le racisme.
LE NOIR
Patricia, Patricia, ça fait un quart d’heure que tu me parles de ce Félix. J’ai très bien compris où tu veux en venir : je suis ta mère, je te connais comme si je t’avais faite. Tu veux savoir si je suis d’accord pour que tu le fréquentes. Que tu … l’épouses ? Deux secondes. Elle se retourne pour pleurer. Patricia, je ne te cache pas (incompréhensible). Excuse-moi, excuse-moi. Pour l’instant, je te livre les mots un petit peu comme ils arrivent. Je le connais ? Je le connais pas ? Ton père le connaît ? Non plus. Personne ne le connaît, finalement. Oui. Alors là, je t’avoue que je suis un petit peu surprise. C’est vrai, j’ai besoin de m’habituer à cette idée, si tu veux bien. Pour l’instant, nous allons en rester là. J’aimerais en parler avec ton père. Un problème ? ça ne vient pas de nous, j’espère. Alors, quel problème ? Il est … Noir ? Deux secondes. Elle s’éloigne pour pleurer. Mais … tu es en sûre ? Je te fais confiance. Si ça me gêne ? Alors là, pas du fouyou fouyou, pas du fouchoutou. S’il est Noir, c’est qu’il a de bonnes raisons de l’être. Mais dis-moi : il est Noir, Noir, Noir ? Ou Noir un peu … un peu Blanc ? Ah Noir Noir ! Ah complètement Noir ! Oui ! On n’est pas dans la mer-de ! Mais tu as tout à fait le droit d’épouser un nègre, alors là tu sais … Pardon ? J’ai dit « nègre » ? Oh ça m’étonnerait ! J’ai dû faire un lapsus. J’en parlais encore à midi avec ton père, je lui disais : « Y’a beaucoup trop de Blancs dans la famille. Des Blancs, toujours des Blancs, moi, j’peux plus les voir, ces Blancs. Je le dis tous les jours : vivent les Noirs ! » Et alors, les parents de cet homme de couleur, ils sont Noirs ? Eux aussi ! Et ils le savent … que leur fils épouse une Blanche ? Ils sont plutôt contents ? Tu penses ! Oh, détrompe-toi, détrompe-toi, Patricia, je cache ma joie. D’ailleurs, si tu le veux bien, j’aimerais aller dans la cuisine pour fêter l’événement avec papa. La date des noces ? On n’en est peut-être pas encore là, hein ? Si ? Vous avez arrêté une date ? Ah ben, c’est différent. C’est différent, bien sûr. Et alors, c’est quand est-ce prévu pour ? Demain ? Tu peux me prendre en photo, s’il te plaît ? Elle a l’air ahuri. Ben dis donc, ça fait pas mal de nouvelles d’un coup quand même, hein ? Tu penses qu’avec ton père on est invités, on vient ? On vient pas, comment ça va fonctionner ? Moi, personnellement, demain après-midi, je peux, j’ai rien à faire, alors …. Je pense à un petit détail, si je peux me permettre, mais enfin tous ces Noirs d’un coup d’un seul, comme ça, t’as pas peur que ça fasse un petit peu deuil pour un mariage ? Bien, alors … Et ça va être quoi, ton nouveau nom, ma chérie ? Ah, en plus …Je peux retourner dans ma cuisine ? Elle s’y rend en vacillant. Alors à ton père, qu’on soit bien d’accord, hein ?, je lui dis que demain tu épouses un Noir qui s’appelle Félix le Chat. Je peux retourner dans ma cuisine, s’il te plaît ? Elle vacille de plus en plus. Autre chose ? Mais j’arrive ! Elle tient en équilibre avec peine. On pourrait peut-être en garder un petit peu pour demain ! Non, c’est important ? Je t’écoute. Il est … de Bouakemadoua ? ça, c’est pas bien grave, hein ? J’avais un petit peu peur que tu m’en files une autre sur le … Tu … tu pars t’installer dans son village ? J’vais peut-être m’allonger cinq minutes, moi … |
1. Visionnage et étude du sketch.
Quelle est la situation ? Une mère apprend que sa fille va épouser un Noir.
Comment la mère réagit-elle ? Elle réagit de manière raciste. Qu’est-ce qui le prouve ? Elle emploie le terme nègre, qui est très péjoratif. Elle se focalise sur la couleur de peau de son futur gendre : elle emploie Noir treize fois, ainsi qu’ homme de couleur (une fois). Elle ironise sur le fait que les beaux-parents soient contents que leur fils épouse une Blanche, et plaisante à propos de la surabondance de couleur noire à l’occasion d’un mariage. (alors que dans la culture occidentale, la couleur dominante est le blanc.)
L’humour provient de l’avalanche d’informations que subit la mère, qui va crescendo.
-Elle pense que sa fille veut lui demander l’autorisation de fréquenter un certain Félix. (Ce prénom démodé laisse supposer au spectateur qu’il s’agit d’un homme plus âgé ou d’un Africain cf. Félix Houphouët-Boigny.) En réalité, elle lui demande l’autorisation de l’épouser.
-Son futur mari est un inconnu.
-Félix est Noir.
-Le mariage a lieu le lendemain.
-Sa fille va donc porter un nom africain.
-Elle va s’installer dans le village de son mari.
L’humour provient aussi de la manière dont elle réagit : on note un décalage entre les propos apparemment détachés, distanciés, voire humoristiques qu’elle tient et son effondrement physique : Je te connais comme si je t’avais faite/Tu peux me prendre en photo, s’il te plaît ?/Félix le Chat … Elle cherche à garder la face : Je cache ma joie.