ETUDE DE

LA CHANSON LE

TISSU, COMPOSEE ET INTERPRETEE PAR Jeanne CHERHAL (2006)

OBJECTIF : en cours de français/ECJS, étudier cette chanson en préambule à une réflexion sur la citoyenneté : « l’égale dignité de tous les êtres humains » et, en particulier, sur la condition de la femme au XXIe siècle.

Le texte de cette chanson est disponible sur www.paroles.net.

I. ETUDE DE

LA CHANSON

1.  Demander aux élèves de formuler des hypothèses quant au titre : qu’évoque-t-il pour eux ? 

2.   Audition de la chanson : quel est le style musical ? Quels sont les instruments utilisés ? (piano,

guitare, batterie …) Que peut-on dire du tempo ? (voix calme,  rythme lent, qui s’accélère au sixième

couplet, puis redevient lent) Quel est le thème abordé ?

3. Structure de la chanson : elle est composée de 8 couplets et d’un refrain. Chaque couplet se compose de 6 vers (sauf le dernier qui en compte 9) : 4 de six syllabes et 2 de huit syllabes. Les rimes masculines et féminines alternent ; elles sont croisées.

4.   Interprétation : mettre en évidence l’opposition entre les deux parties de la chanson, la rupture étant

assurée par le sixième couplet.

Quelle est la situation ? La chanteuse, qui a ici un rôle de narratrice témoin, prend l’avion. Elle remarque parmi les passagers une femme voilée, accompagnée de son mari. Focalisation externe. On peut noter de nombreux indices de son regard subjectif : « J’ai regardé en face », « Et je l’ai aperçue », « Me rendait triste », « Et je vis », « J’ai vu » … Elle concentre toute son attention sur cette femme et ne nous livre aucune information sur les autres passagers ou sur l’embarquement et le vol. Son interprétation des relations entre la femme et son mari se révèle d’ailleurs inexacte : elle n’est pas soumise à son mari, elle l’aime. Tous deux respectent la tradition du port du voile, et elle le retire d’un commun accord dès qu’ils ont quitté les Emirats.

Quel est le rôle du refrain ? Il traduit une certaine curiosité de la part de la chanteuse et crée chez l’auditeur une attente car il se demande comment elle a réussi à voir le corps de cette femme entièrement voilée.

Relever les expressions qui désignent le vêtement porté par la femme : « tissu », « rideau », « toile de tente », « camouflage », « linceul », « l’habit intégral », «voile », « longue toile ». Qu’évoquent-elles ? l’enfermement, la captivité, la mise en retrait, la censure, la mort (idée renforcée par « enterre »). Préciser de quel type de voile il s’agit grâce au lexique ci-après, c’est-à-dire un abaya.

Relever d’autres expressions qui appartiennent au champ lexical de la captivité : « chaînette », « prisonnière », « geôlier » …

Montrer que la femme ne fait qu’un avec le vêtement : « Cette femme-fantôme

Linceul et monochrome ».

En quoi sa tenue induit-elle son comportement ? Perdant toute trace de féminité « Flou souvenir des pleins, des creux », voire d’humanité : « Sur ce corps qui s’efface », elle reste silencieuse, absente, immobile.

Expliquer : «l’hypocrisie offerte à Dieu ».

Dans le couplet 6, quels termes montrent un changement d’état ? « soudain », « métamorphose ».

Pourquoi se libère-t-elle tout à coup ? Elle change de pays (Abu Dhabi est l’un des Emirats arabes unis et sa capitale ; on ignore d’ailleurs si elle vit à Abu Dhabi ou si la narratrice l’a remarquée à cet endroit de son voyage) et s’affranchit des traditions. Le couplet 5 annonce d’ailleurs cette évolution.

Pour montrer cette évolution, relever dans les couplets 7 et 8 le champ lexical de la liberté : « libérés », « se délier », « évadée ». Mettre en parallèle des expressions de la première et de la deuxième partie qui se font écho :

« Flou souvenir des pleins, des creux »/ « Elle était redevenue femme » ; « Rideau tiré sur les cheveux »/ « Les cheveux libérés » ; « La bouche qu’on enterre »/ « Elle embrassa velours ».

La chanson se termine donc sur une note optimiste, même si cette liberté semble précaire (Partent-ils en vacances ?). Noter la généralisation à la situation des femmes musulmanes : « Au nom de toutes celles ».

En quoi cette chanson est-elle engagée ?

Une chanson engagée prend parti, défend une cause en dénonçant des problèmes, des injustices, éventuellement en en révélant les causes et en proposant des solutions alternatives. Le tissu prend parti contre l’oppression des femmes dans certains pays musulmans.

[Sur l’album L’eau, dont cette chanson est extraite, Jeanne Cherhal interprète également On dirait que c’est normal, qui traite de l’excision.]

PETIT LEXIQUE DU VOILE (Le Monde 2, novembre 2003, p. 56)

Hidjab : dérivé du verbe hajaba (« cacher »), ce mot désigne notamment, dans son sens premier, tout obstacle placé devant un objet ou un être pour l’isoler ou le soustraire à la vue d’autrui. Dans le langage courant, il désigne le foulard, voire, plus généralement, l’ensemble de la tenue féminine musulmane.

Burqa : désigne le voile intégral des Afghanes, généralement de couleur bleue, couvrant l’ensemble du corps et du visage. Souvent muni d’une grille servant à cacher les yeux, il ressemble à la purdah portée par certaines femmes indiennes ou pakistanaises. Ces termes auraient un lien avec le mot arabe burdah (« manteau »), renvoyant à l’un des vêtements en poils de chèvre du Prophète.

Tchador : voile de couleur noire porté en Iran. Ce terme renvoie aussi bien au foulard couvrant la tête qu’à la robe ample qui l’accompagne. Le tchadri, variante du tchador iranien, désigne le voile de mousseline noire porté, de manière similaire, dans certaines régions d’Afghanistan.

Abaya : voile noir couvrant tout le corps, des cheveux aux chevilles, porté notamment dans les pays du Golfe.

Niqab : accessoire très ancien, généralement en voile, rabattu en partie ou en totalité sur le visage, mais laissant une ou deux fentes pour les yeux.

Ces deux extraits proposent un regard différent sur le port du voile.

L’auteur, Lucie Werther, physicienne et photographe, a 27 ans quand elle arrive à Ryad en 2003, venant de France. Accompagnant son mari qui y a été muté par son entreprise, elle y a passé deux ans.

Extrait n° 1 (p. 74-75) : Histoire de voile

Il y a quelques jours, je me trouvais dans un centre commercial, la tête nue comme la plupart des Occidentales. En sortant des toilettes, j’ai tenu la porte à une femme complètement cachée derrière son voile. Au lieu d’un merci, celle-ci m’a dit alors d’une voix ferme : « Islam, islam. » J’aurais voulu voir son visage pour saisir le sens de ses propos. Mais que répondre à un voile noir ? J’ai raconté cette anecdote à Nour. Elle pense que cette femme voulait que je me couvre pour mon bien. Ces mots « Islam, islam » étaient sa façon de me dire : « Tu es jolie et ce n’est pas bien que des hommes te voient ».

Extrait n° 2 : Barbes et voiles (p. 91) Un autre cliché occidental dont il est difficile de se défaire est d’associer le port du voile à l’oppression de la femme. J’ai moi aussi parfois du mal à ne pas céder à la tentation de faire ce raccourci vestimentaire. Beaucoup d’expatriés regardent toujours avec la même incrédulité les silhouettes noires et sans forme des Saoudiennes. Et ils se disent pour la énième fois : « Ce n’est pas possible qu’elles aient envie d’être empaquetées comme ça ! » Evidemment, si l’on m’obligeait un jour à me couvrir des pieds à la tête, je me sentirais opprimée et je crierais à l’aide. Ce serait une privation terrible de liberté. Je ne suis pas saoudienne. Ma mère ne portait pas l’abaya. Le voile est contre ma culture. Les Saoudiennes n’ont pas la même histoire. Leur raisonnement diffère du mien. Faire du voile et de l’abaya un symbole de l’oppression des femmes saoudiennes dessert leur cause. C’est s’arrêter aux apparences et ignorer les problèmes  auxquelles elles sont confrontées quotidiennement. Les pressions familiales, le poids des traditions, les interdits et le manque de liberté, les harcèlements des mouttawa’in et la suprématie de l’homme à tous les niveaux de la société. Elles sont privées de certains droits et libertés élémentaires : elles ont besoin de l’autorisation d’un homme pour travailler, étudier, voyager, faire opérer leur enfant, louer un appartement et même obtenir leur carte d’identité. Le voile n’est qu’un morceau de tissu.

[mouttawa’in = membres de la police religieuse

L’Arabie Saoudite et Abu Dhabi sont des monarchies fondées sur une interprétation stricte de la loi islamique, la charia.]

WERTHER, Lucie. Journal d’une Française en Arabie Saoudite. Plon, 2005. 2-259-20283-1

14,50 €

Extrait 1 : que vous inspire l’attitude de cette femme saoudienne vis-à-vis d’une Occidentale non voilée ?

Extrait n° 2 : comparez le point de vue de deux Françaises : celui du personnage de Jeanne Cherhal et celui de Lucie Werther. Lequel vous semble le plus objectif ? Le plus complet sur la situation des femmes ?

II. DEBAT

Les élèves préparent les échanges en effectuant des recherches sur Internet et dans les documents mis à leur disposition au CDI, sur les thèmes suivants :

-droits des femmes actuellement en Irak et en Arabie saoudite

-situation des femmes actuellement en France : subsiste-t-il des inégalités par rapport aux hommes dans le milieu professionnel (chômage, carrières, retraites …) et politique ? Quelles lois récentes ont été votées en faveur des femmes ?