ENERGIES BLOQUEES DE Rutu MODAN, Actes Sud BD, 2005

2-7427-5351-6  22,00 € (traduit de l’hébreu)

OBJECTIFS : étudier plusieurs récits en bande dessinée, présenter un auteur israélien et le conflit israélo-palestinien, lire l’image.

                                            BIOGRAPHIE DE Rutu MODAN

Née en 1966 à Tel-Aviv, Rutu Modan publie régulièrement des dessins humoristiques et politiques dans la presse israélienne et collabore au New York Times. Elle a été récompensée à plusieurs reprises pour son travail d’illustratrice. Elle enseigne la bande dessinée en Israël et participe à l’émergence d’une nouvelle génération d’auteurs. Elle a fondé la maison d’éditions Actus Tragicus avec quatre autres dessinateurs. En 2005, elle a publié l’album Energies bloquées. Exit Wounds a reçu le prix France Info 2008 de la bande dessinée d’actualité et de reportage. Le jury a salué une œuvre de fiction tout entière dominée  par l’actualité de la société israélienne, ses peurs et douleurs face aux attentats aveugles. Polars, faits divers, nouvelles illustrées constituent son univers. En tant qu’illustratrice jeunesse, elle a notamment illustré Fou de cirque, paru chez Albin Michel Jeunesse en 2005.

Energies bloquées, Actes Sud BD, 2005

Energies bloquées est un recueil de six nouvelles aux styles, formats et thèmes variés. Au premier coup d'oeil, le graphisme de Rutu Modan frappe par son originalité et son inconstance. Les dessins s'encombrent rarement des règles de la perspective ou de l'anatomie. Dans Jadis, cela va plus loin : les cases semblent jetées dans la plus grande urgence. Rutu Modan s'y contente du strict minimum pour qu'on reconnaisse les personnages d'une vignette à l'autre. Pourtant, la même histoire contient des astuces intéressantes : pour raconter un incendie en quatre cases, au lieu de mettre des flammes dans le décor, elle dessine des cases qui semblent elles-mêmes se consumer. Dans les autres nouvelles, le graphisme est tout aussi atypique, mais incontestablement maîtrisé. S'y ajoute une palette de couleurs très rétro, qui rappelle les illustrés des années 1950 ou les Sunday pages des journaux américains. (chronique http://clairdebulle.com)

Exit Wounds, Actes Sud BD, 2007

Les personnages, un chauffeur de taxi, une jeune femme soldat, un épicier et une mère de famille orthodoxe, se croisent, se cherchent et ont beaucoup de mal à se trouver. Finalement, la figure centrale de cette bande dessinée, c’est la société israélienne elle-même, ses peurs et ses doutes, ses douleurs quand elle est confrontée aux attentats aveugles, ses frictions entre modernité sociale et orthodoxie religieuse, ses déchirements et ses solidarités. D’un point de vue graphique, le trait de Rutu Modan apparaît lisse, d’un réalisme simplifié, quelque peu déformé, avec des couleurs acidulées. Un style que le grand auteur de bandes dessinées Moebius qualifiait récemment de "pop". (chronique France Info) 

Energies bloquées se compose de six nouvelles dont l’action se situe en Israël et se caractérise par la diversité des thèmes abordés ainsi que par la diversité de la tonalité (humour, tragédie, fantastique …) Ces récits ont été publiés entre 1998 et 2003.

L’album se caractérise aussi par sa diversité graphique : facture classique dans l’ensemble (vignettes rectangulaires, de taille variable, mais grandes en général); une vignette = une planche (Retour à la maison); cinq nouvelles en couleurs et une en noir et blanc (Jadis) ; texte illustré (Bitch) ; couleur et noir et blanc (L’assassin culotté). Les couleurs, très rétro, rappellent les illustrés des années 50.

JAMILTI : 12 pages

Problématique : comment le conflit israélo-palestinien est-il représenté dans cette bande dessinée ?

Recherches documentaires préalables sur :

-l’enjeu du conflit israélo-palestinien depuis 1948 : 1947 : « plan de partage » de

la Palestine

voté par l’ONU ; 1948 : création de l’Etat d’Israël ; 1948-49 : Israël agrandit son territoire à l’issue de la première guerre israélo-arabe ; à partir de 1970, Israël favorise l’implantation de colonies de peuplement juif dans les territoires occupés : Gaza, Jérusalem-Est, qui fait partie de

la Cisjordanie

et Cisjordanie ; 2008 : malgré diverses initiatives de paix, le conflit est toujours aigu.

-Yasser Arafat : 1924-2004 : président, à partir de 1969, de l’Organisation de Libération de

la Palestine

= OLP. Il est nommé en 1989 président de « l’Etat palestinien » proclamé par l’OLP. Un des artisans de l’accord israélo-palestinien signé à Washington en 1993, il reçoit en 94 le prix Nobel de

la Paix

avec Y. Rabin et S. Peres. Devenu en 94 le président  de l’Autorité nationale palestinienne, élu en 96 raïs (président) du Conseil de l’autonomie palestinienne, il assume ces fonctions jusqu’à sa mort.

-le Hamas : mouvement de la résistance islamique : organisation islamique palestinienne issue des Frères musulmans, fondée en 1987. Revendiquant la libération de

la Palestine

, le Hamas, acteur majeur de l’Intifada (= soulèvement populaire palestinien en 1987 dans les territoires occupés par Israël), mène une lutte armée (attentats) contre Israël.)

                       BREF HISTORIQUE DE

LA SITUATION AU

PROCHE-ORIENT

Suite au plan de partage de 1947, voté par la résolution 181 de l'Assemblée générale de l'ONU,

la Palestine mandataire devait être partagée entre Juifs et Arabes pour y fonder deux États. Jérusalem et ses environs devenaient un territoire sous autorité internationale.

Néanmoins, après la guerre de 1948 qui a suivi ce vote et

la Déclaration d'Indépendance de l'État d'Israël, seul l'État hébreu a vu le jour, gardant le contrôle des territoires qui lui étaient dévolus par le plan de partage ainsi que Jérusalem-Ouest et une partie des territoires accordés à l'État arabe. La Transjordanie a pris le contrôle de la Judée et de la Samarie (rebaptisées Cisjordanie) ainsi que de

la Vieille

ville de Jérusalem et de Jérusalem-Est, tandis que l'Égypte a pris le contrôle de

la Bande de Gaza.

Suite aux accords d'Armistice négociés en 1949, une ligne de cessez-le-feu a été établie autour de ces territoires. Si la communauté internationale a reconnu Israël dans les territoires délimités par cette ligne de cessez-le feu, ce n’a été le cas d'aucun pays arabe ou musulman.

La question palestinienne peut se résumer par la formule "un peuple sans Etat". Dès lors, les Palestiniens vont se battre par tous les moyens - y compris le terrorisme - pour obtenir une reconnaissance de leur droit à une patrie.

Leur lutte aboutit à la création en 1964 de l'Organisation de libération de

la Palestine

(O.L.P.) qui est  dirigée par Yasser Arafat à partir de 1969. (extrait de Wikipédia)

On appelle guerres israélo-arabes (1948-1973) les quatre conflits qui ont opposé l’Etat d’Israël à divers Etats arabes. La création en 1948  de l’Etat d’Israël, conformément  au plan de partage de

la Palestine

adopté par l’ONU en 1947, n’est pas acceptée par les Etats arabes. Il en résulte une tension permanente qui aboutit à plusieurs conflits armés. La première guerre (mai 1948-janv. 1949) s’achève par la défaite des Etats arabes. Des conventions d’armistice sont signées qui font des lignes de cessez-le-feu les nouvelles frontières d’Israël. La deuxième (oct-nov. 1956) oppose Israël à l’Egypte dans le Sinaï, parallèlement à l’expédition franco-britannique sur le canal de Suez. L’ONU rétablit la ligne d’armistice de 1949. La troisième guerre (guerre des Six-Jours, juin 1967) se solde par une sévère défaite arabe et l’occupation par Israël de

la Cisjordanie

, de Gaza, du Golan et du Sinaï. La quatrième guerre (guerre du Kippour,
oct. 1973) tourne, après des succès initiaux de l’Egypte et de

la Syrie

, à la faveur d’Israël. Un cinquième conflit se déroule en 1982-1983 au Liban, que l’armée israélienne envahit et dont elle chasse les combattants palestiniens.
La résistance des chiites l’oblige à évacuer le pays à l’exception d’une zone dans le sud. Mais une dynamique de paix s’engage, qui aboutit au traité de Washington (1979) entre Israël et l’Egypte, à laquelle est restitué le Sinaï en 1982, et à l’accord de Washington (1993) entre Israël et l’OLP. (Extrait du Petit Larousse 2008)

Le conflit israélo-palestinien est aussi une guerre de religions : judaïsme contre islam.

1. Travail d’anticipation sur la première planche : quelle scène est représentée ? Quelle émotion traduit l’expression de la jeune fille ? D’après ses vêtements, quel métier exerce-t-elle ?

Personnages :

principaux :

Rama : future mariée

Gouri : futur marié

secondaires :

Ronnie, Shabi : amis de Gouri

chauffeur de taxi

Zuheir al-Aziz, terroriste

Relevez les indices spatio-temporels : (l’action se situe en Israël, dans les années 2000) : prénoms des personnages, Arafat, Hamas, Tel-Aviv (principale ville d’Israël, capitale de l’Etat d’Israël jusqu’en 1980), Bethléem (ville de Cisjordanie, au sud de Jérusalem, lieu de naissance de Jésus, d’après les Evangiles).

Le téléphone portable, les allusions au conflit israélo-arabe indiquent une époque contemporaine. L’allusion à Y. Arafat (mort en 2004) situe l’action avant cette date.

I. Etude des relations entre Rama et Gouri : relevez les indices de l’indifférence de Gouri envers sa future épouse :

-il ne s’intéresse pas à sa robe de mariée, il ne donne pas son avis et préfère répondre au téléphone

-il se désintéresse de l’organisation du repas de noces, il préfère jouer au rugby avec ses copains. Il est en plus de mauvaise foi car son argument consiste à dire qu’il doit y aller parce que c’est lui qui a le ballon.

Trouvez-vous que Gouri est un personnage sympathique ? Il est plutôt antipathique :

-attitude envers Rama : ne s’intéresse pas aux préparatifs du mariage

-ironie vis-à-vis de l’attentat : « C’est calme depuis deux semaines. Ils nous négligent. »

-il se montre méprisant envers elle : « Laissez tomber, elle n’y connaît rien. » ; plaisanterie de mauvais goût : « Si elle n’aimait pas [baiser], je ne serais pas avec elle. », ce qui est très machiste. Comme elle est choquée par ses propos et descend de voiture, elle manque de perdre la vie à cause de lui.

II. L’attentat : planche 4 : événement perturbateur : un attentat commis par les Palestiniens.

Sur quoi porte le désaccord entre les futurs mariés ? Rama pense que Yasser Arafat œuvre pour la paix alors que Gouri et le chauffeur de taxi sont persuadés qu’il finance des attentats. 

Planche 5 : relevez le propos raciste du chauffeur de taxi et trouvez un adjectif qui, selon lui, caractérise les Arabes : fourbes, traîtres, hypocrites …

Rama est pacifiste alors que le chauffeur de taxi est … belliciste.

Planche 5 : expliquer fasciste et rationnel.

fasciste : qui se réfère au fascisme, régime établi en Italie de 1922 à 1945, instauré par Mussolini et fondé sur la dictature d’un parti unique, l’exaltation nationaliste et le corporatisme.

rationnel : qui est fondé sur la raison, la logique, le bon sens ; réaliste.

Planches 7 et 8 : décrivez l’attitude de Rama : elle est courageuse, elle a le sens du devoir.

Aspect technique : quel est l’intérêt des gros plans (planches 6-9)? Ils ont pour fonction d’insister sur l’émotion des personnages, d’impliquer le lecteur davantage dans l’action.

Quelle influence l’attentat a-t-il sur leurs relations ? Il les sépare puis les rapproche : « Ma chérie, tu vas bien ? J’ai eu si peur pour toi. » Il exacerbe les tensions au sein du couple. Il permet à Rama de découvrir son futur époux sous un jour qu’elle ne lui connaissait peut-être pas.

Quelle information importante la télévision donne-t-elle ? Le blessé est un terroriste palestinien, qui aurait déclenché les explosifs involontairement.

Quelle information la signification de « Jamilti » apporte-t-elle ? Il y a eu une très brève histoire d’amour entre le terroriste et Rama, ce qui peut être interprété comme un symbole de paix. Il l’appelle Ma beauté dans une langue qu’elle ne comprend pas. Ces deux êtres que tout sépare auraient pu, dans un autre contexte, s’unir.

Que pensez-vous de la chute de cette nouvelle ? On a l’impression que rien de grave ne s’est produit, Gouri replonge dans l’indifférence, le mariage aura lieu. Pourquoi Rama

va-t-elle l’épouser ? Résignation ?

Conclusion sur la représentation du conflit israélo-palestinien dans cette BD :

il est mis en scène à travers la représentation d’un attentat palestinien contre les Israéliens

-d’un point de vue graphique : représentation du bruit, de la déflagration par des couleurs criardes, l’image de la victime automutilée est choquante (sang rouge), mais peu réaliste

-d’un point de vue narratif : l’attentat aboutit à une discussion montrant des points de vue opposés entre les Israéliens, mais perturbe modérément leur quotidien ; allusion à un personnage historique : Yasser Arafat et à un mouvement historique : le Hamas.

RETOUR A

LA MAISON

: 31 pages

Problématique : étudier l’argumentation des personnages

Anticipation à partir du personnage représenté sur la première planche.

Particularité technique : un dessin par planche. Les personnages, gauches et naïfs, sont représentés sur un fond uniforme, un ciel trop bleu pour être vrai, sur lequel se superposent soudain des avions de chasse puis les fumées grossièrement crayonnées émanant de la carcasse de l’appareil abattu. Possibilité de relever un exemple de succession de plans qui donne son rythme au récit (planches 6 et 7) : le plan américain resserré sur Méli et Max, l’un fuyant le regard de l’autre, met le lecteur face à leur problème de couple. Le plan d’ensemble suivant montre que leur conversation (à sens unique) est perturbée par un événement qui alerte la population du kibboutz.

Personnages :

Méli, Gadi (le mari de Méli), Max (son amant), Joseph, le père de Gadi.

I. Les relations Méli/Max : Relever les indices spatio-temporels : kibboutz Nancholim, été 2001. (Un kibboutz est une exploitation communautaire, le plus souvent agricole.)

Allusion à une guerre au Liban : cette guerre civile a débuté en 1976. Se sont affrontés une coalition de « gauche », favorable aux Palestiniens, et une coalition de droite, favorable à Israël. A partir de 82, l’armée israélienne est intervenue au Sud-Liban, dont elle s’est retirée en 85, mais la guerre civile s’est poursuivie jusqu’en 92. Nouvelle guerre israélienne contre le Liban en juillet-août 2006.

Qu’est-ce qui constitue un obstacle à la relation entre Méli et Max ? Six ans plus tôt, Gadi, le mari de Méli, a été abattu avec son avion au Liban.  Il subsiste un doute quant à sa survie.  Méli attend, par ailleurs, le décès de son beau-père sénile, Joseph, pour se déclarer à Max, qui tente, de son côté, de la convaincre de l’impossibilité du retour de son mari.

Quel événement perturbateur intervient ? Un pilote non identifié  survole le kibboutz. Joseph est persuadé qu’il s’agit de son fils alors que les autorités parlent d’un kamikaze (terroriste-suicide). C’est ce que pensent également Méli et Max.

II. Qu’est-ce qu’argumenter ?

La situation d’argumentation

Dans une argumentation, un émetteur, appelé argumentateur, tente de convaincre un destinataire, appelé également cible.

Le thème et la thèse

Le thème est le domaine abordé, par exemple la politique, la publicité, la justice.

La thèse est l’opinion, le point de vue que l’argumentateur développe. Ex : « Votez pour moi ! »

L’argument

C’est une idée destinée à prouver que la thèse exprimée est juste. Ex : « Je ferai construire  plus de logements sociaux que mon adversaire. »

L’argumentation est une démonstration qui s’appuie sur plusieurs arguments.

L’exemple

L’exemple illustre, facilite la compréhension de l’argument. Ex : « Pendant mon premier mandat, j’ai fait construire des logements sociaux  dans tel quartier; je vais continuer. »

Deux moments d’argumentation :

1. Pendant le vol du pilote :

Thèse de Joseph (soutenue par une femme anonyme) : . . .   ce pilote est mon fils Gadi

Thèse de Méli et Max : . .

ce pilote n’est pas Gadi mais un terroriste-suicide.

Arguments

-Mon fils a toujours été ingénieux : il a volé un avion pour quitter le Liban.

-C’est Gadi et non un kamikaze car un kamikaze commettrait un attentat non pas dans un kibboutz mais à Tel-Aviv pour faire un maximum de victimes et alerter les média.

-Aucune organisation terroriste n’a revendiqué cette opération, donc le pilote n’est pas un kamikaze.

-La radio dit que c’est un kamikaze, donc c’est vrai.

-Le pilote ne s’identifie pas, alors qu’il devrait être fier de revenir en héros, donc ce n’est pas Gadi.

2. Après que l’avion a été abattu par les forces aériennes israéliennes :

Thèse de Joseph : . . .

le pilote n’est pas Gadi.

Thèse de Méli et Max : . . le pilote est Gadi.

Arguments

Gadi était plus grand et plus blond.

C’est un pressentiment.

Conclusion : les points de vue des personnages changent complètement (on peut parler de revirement) car chacun évolue en fonction de ses motivations : depuis six ans, Joseph, qui aime son fils, refuse d’admettre sa mort et attend son retour ; Max, qui aime Méli, voudrait avoir la preuve que Gadi est bien mort pour qu’elle accepte de l’épouser.  Elle hésite en effet pour des raisons psychologiques (elle doit « faire le deuil » de son mari) et légales (son décès doit être reconnu officiellement). Chacun voit donc midi à sa porte.

La situation n’est pas résolue, le lecteur ne sait toujours pas si Gadi est mort ou pas. La fin du récit reste ouverte : le lecteur peut supposer que Méli et Max vont se marier.

L’ASSASSIN CULOTTE : 31 pages

Problématique : mettre en évidence les éléments parodiques de cette intrigue policière

Particularités graphiques : BD en couleurs, reproduction de photos en noir et blanc.

Justifier l’emploi de cases verticales (planches 3, 4). Lorsqu’elles sont hautes et étroites, ces cases donnent, en général, une idée de la hauteur  d’un décor. Ici, elles permettent de montrer la chronologie de l’enquête.

Propositions formulées par les élèves pour élucider le titre : jeu de mots sur « culotté » et anticiper le genre dont il s’agit.

Rappeler le déroulement d’une intrigue policière classique (un meurtre est commis, un détective mène l’enquête pour identifier le coupable parmi plusieurs suspects.) et voir en quoi ce récit en BD s’en détache.

Les élèves remplissent le tableau suivant :

RAPPEL : dans une intrigue policière classique, un meurtre est commis, un détective mène l’enquête pour identifier le coupable parmi plusieurs suspects.

L’ASSASSIN CULOTTE de Rutu MODAN

ELEMENTS CLASSIQUES

ELEMENTS 

INSOLITES

ASSASSIN

tueur en série qui a déjà fait huit victimes

AMBIANCE

terreur

ENQUÊTEUR

la police régionale de Tel-Aviv, et plus particulièrement le sergent Rami et Michaëla

NOMBRE DE VICTIMES

nombre exagéré : l’orchestre Promenade

DEROULEMENT DE L’ENQUÊTE

La police cherche des points communs entre les victimes, se rend sur les lieux qui font progresser l’enquête (le club Caravane où l’orchestre a fait ses débuts, où l’une des victimes travaillait comme serveuse, et que fréquentait le célèbre Marcus Tal). Toutes les victimes étaient au Caravane le soir où le célèbre Marcus Tal était présent. La police protège les victimes potentielles, met en place des filatures.

MOMENT OU L’IDENTITE DE L’ASSASSIN EST REVELEE AU LECTEUR

L’assassin est une femme ; son identité est dévoilée dès le début de la nouvelle.

TON (ex : planches 10, 13, 14, 31)

(page de titre = planche 1)

M. Goldschmidt, le patron du Caravane, est surpris en pleine action. Le spectacle animé par Méir Remez semble très osé. « Je me demande ce qu’il est devenu » est un trait d’humour noir puisque la réponse est apportée par la case suivante. Commentaire final de Pnina, la mère de la coupable.

EXEMPLES DE SITUATIONS :

1.      L’enquêteur protège le

coupable en croyant qu’il est une victime potentielle. Classique ou insolite ?

2.      Un personnage se

dénonce. L’enquête semble résolue mais il y a de nouvelles victimes. Classique ou insolite ?

classique

classique

ARME DU CRIME (planche 29)

un poignard

un grille-pain

MOBILE

Pour protéger sa mère, Pnina, qui a été ridiculisée, Déborah assassine tous les témoins de cette situation.

Qu’est-ce qu’une parodie ? C’est l’imitation d’un genre, d’un style ou d’une œuvre dans un but comique ou satirique. Une parodie s’inspire généralement d’une œuvre connue du grand public (œuvre littéraire, peinture, chanson, titre de roman ou de film, phrase célèbre…) C’est le décalage entre l’original et la parodie qui provoque le rire.

Conclusion : en quoi ce récit est-il tragi-comique ? (Une tragi-comédie est, à l’origine,  une pièce de théâtre du début du XVIIe siècle comportant des éléments comiques.) Les meurtres sont dramatiques, mais les éléments parodiques tournent la violence en dérision (ex : l’assassin poignarde ses victimes puis les ridiculise en les affublant d’une culotte sur la tête ; son mobile est, par ailleurs, futile). La relation mère-fille tourne au drame puisqu’elle est à l’origine des meurtres (Déborah, qui semble avoir été traumatisée durablement en assistant à l’humiliation qu’a subie sa mère, fuit les hommes, est toujours vierge, ce que sa mère lui reproche en se moquant d’elle), mais Pnina conclut sur une note détachée : « Elle n’a jamais eu trop d’humour, cette petite. »

AUTRES NOUVELLES DE L’ALBUM

Energies bloquées (cette nouvelle a donné son titre à l’album) : résumé : Malka, qui a été abandonnée par son mari avec ses deux filles quinze ans plus tôt, tente de se suicider. Lorsqu’elle reprend conscience, elle s’aperçoit qu’elle a des pouvoirs curatifs, de l’électricité dans le corps qui guérit toutes les maladies, et permet de lever les blocages. Elle ouvre une clinique d’énergie électrique. Un jour, elle « flashe » une de ses patientes, Miriam, trop fort. Or, il se trouve que celle-ci est la nouvelle compagne de son ex-mari. En réalité, l’une de ses filles, qui connaissait l’identité de Miriam, l’a flashée avec un ventilateur électrique en espérant que son père viendrait à son chevet et qu’elle pourrait renouer le contact avec lui.

Jadis : résumé : ce récit peut être interprété comme une quête familiale et affective, une sorte de roman d’apprentissage. Thelma dirige un hôtel à thèmes, tout en élevant ses deux sœurs, Minnie et Sarah. D’après Thelma, leurs parents sont morts dans un incendie et elle leur raconte ce drame régulièrement. Thelma a une liaison avec Alex. Sarah fait la connaissance de Benda, un photographe. Elle l’accompagne dans un magasin d’articles photographiques et, grâce à un vieux cliché que le propriétaire du magasin lui donne, elle comprend que Thelma est en réalité sa mère et qu’elle lui a raconté cette fausse histoire d’incendie pour bénéficier de l’assurance vie de ses parents. Alex, l’assureur, a été son complice. Benda part précipitamment. Finalement, Sarah accepte que la situation ne change pas et que Thelma continue à se faire passer pour leur mère.

Bitch : résumé : cette nouvelle emprunte au registre fantastique. Le personnage principal est atteint d’une certaine folie, qui le pousse à agir de façon peu rationnelle. Un veuf voyage dans le train Marseille-Paris. Il va rendre visite à sa fille à Marseille. Une voyageuse lui interdit de fumer, ce qui lui rappelle les reproches de Bertha, son épouse défunte. Il croit reconnaître Bertha dans le caniche d’une dame âgée. Ils dialoguent par le regard, en particulier au sujet d’une armoire que l’homme aurait poussée sur elle. Il caresse le caniche et celui-ci le lèche, ce qui, selon sa maîtresse, est inhabituel vis-à-vis des étrangers.

EXIT WOUNDS DE Rutu MODAN, Actes Sud BD, 2007 2-7427-7107-3  20,00 €

Résumé : Première partie : Personnage du père. L’action se situe à Tel-Aviv, en 2002. Kobi Franco est chauffeur de taxi. Il vit avec sa tante Ruti et son oncle Arieh. Une jeune femme soldat, Nomi, lui apprend qu’un corps non identifié, retrouvé à la suite d’un attentat commis dans un restoroute à Hadera, pourrait être celui de son père, Gabriel. Il téléphone à sa sœur Orly, qui vit à New York, pour lui demander des nouvelles de son père, avec qui il a perdu le contact depuis deux ans, depuis que celui-ci l’a mis à la porte. Ne pouvant le joindre par téléphone, il se rend à son appartement. Il rend ensuite visite à Nomi, qui lui apprend qu’elle a eu une relation avec son père. Elle pense que le corps est celui de Gabriel car, dans un reportage télévisé, elle a reconnu l’écharpe qu’elle lui avait tricotée pour son anniversaire. Elle lui suggère de se soumettre à un test ADN pour identification.

Deuxième partie : Mes voyages avec la girafe. L’action se situe à l’institut médico-légal d’Abou Kabir. Kobi, accompagné de Nomi, vient y subir un test ADN, mais son père a déjà été enterré. Il est possible cependant de l’exhumer, mais Kobi n’y est pas favorable. Ils se rendent au cimetière (divisé en tombes pour Juifs et non-Juifs) et Kobi en profite pour se recueillir sur la tombe de sa mère.

Certains pensent que Gabriel est mort, d’autres qu’il est toujours en vie. Au supermarché, Kobi se querelle avec sa tante en se remémorant sa bar-mitsvah, puis il emmène Nomi en taxi à la gare routière de Hadera pour interroger les survivants de l’attentat et les commerçants. Ils passent la nuit à l’hôtel en attendant de rencontrer Del, la femme de ménage des magasins de la gare routière. Avant de dormir, ils parlent de Gabriel, qui est/était passionné de football. Kobi comprend que Gabriel n’a pas disparu le jour de l’attentat, mais avant. Nomi lui a donc menti : Gabriel l’aurait quittée et elle espèrerait le retrouver grâce à l’aide de Kobi. Le lendemain, ils apprennent que Del est partie aux Philippines. Ils décident alors de consulter une pétition signée le jour de l’attentat. L’homme qui a fait signer cette pétition porte une écharpe qui ressemble à celle de Gabriel. Kobi comprend alors Nomi ne lui a pas menti.

Troisième partie : Le dernier voyage. Kobi a fait faire l’analyse ADN, mais comme les pompes funèbres sont en grève, le corps de son père ne peut être exhumé. Ils décident d’aller voir Altara Dayan, une des signataires, mais le taxi tombe en panne en cours de route. En attendant une dépanneuse, ils nagent dans la mer. Nomi offre à Kobi, en cadeau d’anniversaire, un T-shirt signé par les footballeurs de son équipe préférée. Ils se remettent en route et arrivent chez Altara. Elle nie d’abord avoir été présente lors de l’attentat, puis elle leur raconte qu’elle a vécu une grande histoire d’amour avec Gabriel, qu’elle a connu pendant le service militaire, puis retrouvé récemment, quarante-neuf ans après. Le jour de l’attentat, elle lui avait donné rendez-vous à la gare d’Hadera, mais il n’est pas venu. Nomi en conçoit une vive jalousie. Dans la voiture, Nomi et Kobi s’embrassent, puis s’enlacent. Mais Nomi fait une plaisanterie déplacée et ils rompent.

Quatrième partie : Résurrection. Le mystérieux corps était en fait celui de Chouki Taassa, un gros joueur. Kobi pense que son père et sa tante Ruti ont peut-être eu une aventure ensemble. Il reçoit un courrier accompagné d’un chèque : Gabriel a vendu son appartement. Grâce à l’acte de propriété que lui communiquent les nouveaux occupants, il obtient la nouvelle adresse de son père et se rend chez lui. Il y fait la connaissance de sa nouvelle épouse. Il attend son retour de la synagogue, mais comme celui-ci ne rentre pas, il repart sans l’avoir vu. Il se rend ensuite chez Nomi pour l’informer qu’il a retrouvé Gabriel et lui dire qu’il veut reprendre leur relation, mais elle refuse de lui parler. Il entre dans sa propriété par effraction et se retrouve juché sur un arbre, à la merci de dobermans. Kobi apparaît et il lui saute dans les bras …

Thèmes : une enquête semée d’obstacles, le conflit israélo-palestinien (en toile de fond, d’où le titre évoquant les plaies), l’attente, la relation fils-père (d’où le titre), les relations amoureuses …

Relever les thèmes communs aux deux albums : personnages, lieux, situations …

-Kobi et sa tante Ruti sont chauffeurs de taxi (cf. Jamilti)

-L’action se situe en Israël

-Plusieurs attentats ont eu lieu, dont un à Hadera. Un des cadavres est tellement brûlé qu’il est difficilement identifiable. Il pourrait s’agir du père de Kobi, l’un des personnages principaux. (cf. Retour à la maison : un père à la recherche de son fils).

-Kobi et son amie Nomi mènent l’enquête (cf. L’assassin culotté) pour déterminer si la victime est bien le père de Kobi, grâce à différents indices.

-Une famille déconstruite ou recomposée : Kobi n’a pas vu son père depuis des années. Finalement, il s’est remarié. (cf. Energies bloquées).

RENCONTRE ENTRE Rutu MODAN ET DES ELEVES DE SECONDE PROFESSIONNELLE AU SALON DU LIVRE DE PARIS LE 14 MARS 2008

-Comment vous est venue l’idée d’écrire des bandes dessinées ?

-J’ai commencé à écrire des bandes dessinées avant d’en lire car il n’y en avait pas en Israël. J’ai toujours adoré dessiner et raconter des histoires. Dès l’âge de cinq ans, je trouvais naturel de raconter des histoires en les illustrant. En grandissant, j’ai eu le bonheur de découvrir que je pouvais en faire mon métier. Aujourd’hui encore, je n’arrive pas à croire que c’est un métier. Par la suite, quand je me suis rendue en Europe et aux Etats-Unis pour découvrir la bande dessinée, j’ai appris que les auteurs étaient tous des hommes. Comme il n’y avait pas encore de bandes dessinées en Israël, je ne m’en étais pas rendu compte. Quand j’ai commencé à créer, je me suis sentie libre car je ne me suis pas posée de questions sur ma spécificité de femme. J’ai rapporté des livres de l’étranger pour enseigner la bande dessinée dans mon pays.

-Pourquoi écrivez-vous des bandes dessinées et non des romans ?

-La bande dessinée, c’est une forme, mais sur le plan du contenu, elle ne diffère en rien du roman. Les outils que j’utilise pour décrire le monde sont des outils visuels. C’est, selon moi, la meilleure manière de décrire le monde. Au lieu de rédiger une longue phrase pour décrire un homme roux, grand, mignon, vêtu de telle façon, je trouve plus facile de le dessiner. Quand je lis des livres, je m’ennuie au moment des descriptions. Créer une intrigue de bande dessinée, c’est comme composer un roman. Tout auteur de bande dessinée a son propre style, comme un romancier. Je pense aussi, pour clore cet éternel débat entre scénariste et dessinateur, que le dessin et la bulle sont indissociables ; il n’y en a pas un plus important que l’autre. Mon rêve serait que, dans les librairies ou les bibliothèques, on ne mette plus à part plus romans et bandes dessinées.

-Comment avez-vous eu l’idée de l’intrigue de L’assassin culotté ?

-Quand j’étais au lycée, à la fête de fin d’année, ma mère a été choisie pour prononcer le discours devant l’établissement en tant que parent d’élève. Elle était sur une estrade et elle a eu le hoquet. Cela a été terrible pour moi car cela lui est arrivé devant tous les élèves, les parents et les professeurs. Aujourd’hui encore, j’en rougis et j’en ai des frissons. Pendant des années, j’ai été très gênée rien qu’en y pensant. Comment se fait-il qu’un incident si ancien m’ait poursuivi si longtemps ? D’ailleurs, c’est la première fois que je le raconte. Il arrive que les enfants soient très gênés par ce que font leurs parents. C’est pourquoi j’ai eu cette idée de l’assassin culotté, où la fille est tellement traumatisée par l’humiliation que subit sa mère qu’elle a envie de tuer tous ceux qui ont vu cet acte gênant. Je me suis contentée d’inventer cette histoire plutôt que de tuer tout le monde.

- Souhaitez-vous faire réagir les populations au conflit israélo-palestinien grâce à vos

livres ?

-Je ne crée pas des bandes dessinées pour que les gens réagissent. Mon objectif n’est pas d’exprimer mes idées politiques. Quand j’ai une idée de bande dessinée, c’est parce que je me trouve face à un problème et que j’essaie de me l’expliquer à moi-même. Comme je vis dans un pays où je rencontre des problèmes qui me sont imposés de l’extérieur, ils peuvent intervenir dans mes histoires. Je suis convaincue que lorsqu’on lit un récit, on s’identifie aux personnages, aux situations, mais pas au point d’aller manifester dans la rue. Dans une société, chacun a sa pierre à apporter à l’édifice. On peut le faire en écrivant une bande dessinée. De petits changements aboutiront à de grands changements.

-Comme l’infirmière dans Jamilti, porteriez-vous secours à un Palestinien blessé ?

-Je voudrais croire que oui. Je ne me suis jamais trouvée au milieu d’un attentat à la bombe, mais je suis convaincue que je ne me poserais pas la question, face à un blessé, de savoir qui il est. Mon seul problème est que, quand je vois du sang, je m’évanouis.

-Pourriez-vous épouser un Palestinien ?

-Je suis mariée depuis dix-huit ans avec un très beau garçon. Il m’est difficile d’imaginer être mariée à quelqu’un d’autre. Je ne connais pas suffisamment la culture arabe pour vous   répondre complètement. Une des vraies tragédies de ce conflit est qu’il est tellement ancien et dur qu’une véritable scission s’est produite entre les deux peuples. Les gens ont l’un envers l’autre une peur irrationnelle, la peur de se rencontrer et de se connaître. Le résultat est que certains Israéliens ne connaissent pas un Palestinien de près. La loi ne leur interdit pas de se fréquenter, mais c’est une réalité. Depuis un an, je vis en Angleterre. J’y ai approché des personnes de toutes religions et de toutes nationalités. Je trouve cela formidable et je rêve que ce soit pareil en Israël.

-Dans combien de pays vos livres ont-ils été publiés ?

-Mes premiers récits ont été publiés en hébreu, en français et en anglais. Mon dernier roman, Exit Wounds, a été traduit en de nombreuses langues : espagnol, italien … Il devrait l’être aussi en tchèque, hollandais, polonais, allemand … J’aurais voulu qu’il soit traduit en arabe aussi ; j’ajoute cela à la liste de mes rêves. En tant qu’Israélienne, il m’est interdit d’aller dans un pays arabe. J’irai en Palestine quand j’aurai un passeport, ce qui suppose la création d’un Etat palestinien.

-Selon une biographie, Exit Wounds exprime « les peurs de la société palestinienne ». Ces peurs sont-elles pour vous une source d’inspiration ?

-Des lecteurs lisent mes œuvres et les interprètent. En Espagne, pendant un débat avec des lecteurs, quelqu’un m’a dit que je ne comprenais pas tel personnage alors que c’était moi qui l’avais créé. Un aspect intéressant de ce métier est que chaque livre est une bouteille jetée à la mer. L’idée que mes livres ne m’appartiennent plus me plaît. Peut-être que le critique qui a écrit cette biographie a raison : j’ai peut-être exprimé des peurs qui m’entourent et dont je ne suis plus consciente. Dès qu’on invente, on s’inspire du monde qui nous entoure. Si je vivais dans une pièce fermée, dans l’obscurité, je serais incapable d’inventer des personnages. Lorsque j’en crée un, je m’inspire de gens que je connais. Par exemple, l’héroïne d’Exit Wounds, Nomi « la girafe », est la fille d’une ex-reine de beauté. Sa mère est déçue de ne pas avoir une fille aussi belle qu’elle quand elle était jeune. Ce personnage s’inspire d’une amie d’enfance dont la mère, une reine de beauté, avait épousé un milliardaire très laid. Or, leur fille ressemblait plus à son père qu’à sa mère. Sa mère aurait voulu qu’elle soit belle, et l’enfant avait le sentiment de ne l’être pas assez. Quand elle a eu 16 ans, sa mère lui a fait subir une opération de chirurgie esthétique. Je trouve cela triste car elle a grandi avec le sentiment de ne pas être ce que sa mère aurait voulu qu’elle soit. J’ai emprunté à cette histoire vraie mais je l’ai beaucoup transformée. L’héroïne ne ressemble à mon amie que par cet aspect de sa vie. Je crée souvent des personnages complexes car la vie est complexe.

-Votre ami a-t-elle lu Exit Wounds et s’y est-elle reconnue ?

-Je n’en sais rien car je ne l’ai pas revue depuis vingt ans. En tout cas, l’héroïne ne lui ressemble pas car j’ai changé beaucoup de choses. Quand je m’inspire de personnes réelles, je me demande si j’ai le droit d’utiliser des éléments réels. Par exemple, pour des histoires courtes que j’ai réalisées pour le New York Times, j’ai utilisé des anecdotes familiales drôles. Quand j’ai été invitée à un repas de famille, j’ai eu très peur de ce qu’on allait me dire mais tout le monde était ravi que j’aie écrit sur eux. Chacun m’a raconté d’autres anecdotes en espérant que je les insérerais dans mes prochaines bandes dessinées. A l’exception d’une tante qui m’a demandé : « Qui est cette tante ? » Je lui ait dit, gênée : « Elle est inventée, ce n’est pas une tante réelle. » « Pourquoi a-t-elle un mari médecin, alors ? », a-t-elle insisté. Comme je cherchais une réponse, elle m’a dit : « C’était pour te faire marcher ! Elle ne me ressemble pas du tout. » Finalement, les gens se reconnaissent seulement lorsqu’on les représente de manière positive.

-Dans Energies bloquées, comment choisissez-vous de varier le graphisme (couleur, noir et blanc, une vignette par page …) ?

-Cet album est un recueil d’histoires réalisées en dix ans avec le groupe Actus Tragicus. C’est le groupe qui décidait du format car nous étions nos propres éditeurs et nous pouvions nous permettre d’avoir des considérations plus artistiques que financières. On avait une liberté totale. Dans les pays dits « libres », l’argent peut être un obstacle à la création artistique. Un éditeur peut vous demander, par exemple, de ne pas dessiner les dents d’un enfant car cela risque de déplaire au public.

-Vous êtes vous inspirée, pour le graphisme, des bandes dessinées des années 50 ?

-C’est exact, mais j’ai beaucoup d’autres sources. En général, je m’inspire du graphisme de vieilles photos pour dessiner le mobilier, les vêtements, même si je représente un monde contemporain.

-Vous situez l’action de Retour à la maison en 2001 et vous parlez d’un pilote, Gadi, dont l’avion aurait été abattu au Liban six ans plus tôt, soit en

1995. A

quelle guerre du Liban faites-vous allusion ?

-J’ai peut-être confondu les dates. Israël a occupé le Liban pendant plusieurs années et je ne me rappelle plus quand les troupes ont quitté le Sud Liban. Pendant cette occupation, on ne parlait pas de « guerre du Liban », mais c’était quand même une guerre.