L’INFLATION EN FRANCE

OBJECTIFS : définir l’inflation et ses conséquences ; illustrer la théorie de l’offre et de la demande.

Les documents ci-après sont extraits du Figaro, 16 janvier 2008, p. 20

Document 1

Evolution des prix à la consommation, en glissement annuel, en %

GRAPHIQUE NON REPRODUIT

Ce graphique représente l’évolution de l’inflation en France, entre 1999 et 2007.

Qu’appelle-t-on « inflation » ? C’est la hausse durable et auto-entretenue de l’ensemble des prix. Qu’appelle-t-on « désinflation » ? C’est le ralentissement de l’augmentation des prix.

Repérez les périodes d’inflation et de désinflation depuis 1999. Quand l’inflation a-t-elle connu son niveau le plus élevé ? Quand a-t-elle connu son niveau le plus bas ?

Document 2

CONJONCTURE La hausse des prix atteint 2,6% en un an. Les prix de l’alimentation et de l’énergie dérapent.

L’inflation est de retour

Depuis mai 2004,

la France

n’avait plus connu un tel niveau d’inflation. Elle n’est « plus seulement dans la tête des Français, elle l’est aussi dans les statistiques officielles », lâche un expert. De fait, en décembre, les prix ont progressé de 0,4%, soit 2,6% en un an, selon les chiffres publiés hier par l’Insee. Dans la grande distribution, ils ont augmenté de 0,8% en décembre et de 2,3% au cours des douze derniers mois.

Pas de quoi rassurer les Français , particulièrement inquiets depuis de nombreux mois sur la question de leur pouvoir d’achat. D’autant que les étiquettes qui flambent sont celles des dépenses du quotidien. En un an, les prix des produits frais ont augmenté de 3,4%, ceux du tabac de 6,2%, des produits pétroliers de 17,1% et des loyers de 3,4%.

« Si l’hyper inflation n’est toujours pas à l’ordre du jour, il faut tout de même reconnaître que les dangers qui pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages n’ont jamais été aussi forts depuis plus de quinze ans et ce d’autant que la progression des revenus est loin d’être

à l’aune de celle des prix », note l’économiste Marc Touati.

Cette flambée des étiquettes va-t-elle continuer ? L’inflation pourrait rester « bien au-dessus de 2% durant la majeure partie de l’année, avec un pic autour de 3% durant le premier trimestre., poussée par les tensions sur le prix des matières premières et des effets de base défavorables », répond l’économiste Mathieu Kaiser, qui table sur une inflation de 2,5% en moyenne en 2008. Le ministre de l’Economie Christine Lagarde, elle-même, a reconnu récemment que la hausse des prix serait certainement plus importante en 2008 qu’en 2007.

La France

reste cependant une bonne élève au sein de la zone euro, où l’inflation annuelle vient de s’installer à 3,1%.

Le dilemme de

la BCE

Ces chiffres « laissent

la BCE

face à un vrai dilemme », estime l’économiste Alexander Law. Certes, l’objectif de maintenir une inflation inférieure ou égale à 2% dans la zone euro « n’a pas été atteint, ce qui plaiderait pour une hausse du taux directeur ». Mais

la BCE

ne veut pas non plus prendre le risque de contribuer au ralentissement de la croissance économique – ce qui plaide alors pour un maintien ou une baisse des taux -, alors que les prévisions ne sont déjà pas bonnes pour les mois à venir.

Parfois critique à l’égard des décisions de

la Banque

centrale européenne,

la France

– qui assumera la présidence de l’Union européenne au second semestre 2008 -, a indiqué hier par la voix du secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, qu’elle ne lancera aucune initiative visant à modifier les statuts de

la BCE

dont elle approuve désormais la politique. A

la BCE

, donc, « de voir quel est l’équilibre le plus satisfaisant entre les impératifs de croissance et les objectifs d’inflation », a-t-il dit hier depuis Strasbourg.

MARIE VISOT

VOCABULAIRE :

produits frais : produits alimentaires n’ayant subi, après fabrication, aucun autre procédé de préservation que la mise sous emballage étanche  et le maintien à température froide, pour un délai de vente de un à vingt-et-un jours : laitages, viandes, poissons, fruits, légumes …

à l’aune de : comparable à (ici : n’est pas aussi forte que)

effets de base : l’augmentation des coûts de production due à la hausse du prix du pétrole aboutit à la hausse des prix.

dilemme :  choix difficile

BCE :

la Banque

centrale européenne est chargée de définir les grandes orientations de politique monétaire de la zone euro et de prendre les décisions nécessaires à sa mise en œuvre. Créée en 1998, elle a son siège à Francfort, en Allemagne.

taux directeurs :  taux d’intérêts fixés au jour le jour par la banque centrale d’un pays ou d’une union monétaire, permettant de réguler l’activité économique.

Les élèves répondent aux questions signalées par un astérisque rouge en faisant des recherches sur Internet ou en s‘aidant d’un manuel. Pour les autres, ils utilisent les informations contenues dans le texte, leurs connaissances et leur réflexion.

1. *Qu’est-ce que l’Insee ? Institut national de la statistique et des études économiques

2. *Quel est son rôle en ce qui concerne les prix ? Pour mesurer le niveau général des prix, cet organisme public calcule et publie tous les mois des indices de prix à la consommation.

3. *Qu’appelle-t-on « pouvoir d’achat » ? C’est la quantité de biens et de services qu’un revenu permet d’acquérir.

4. Quel est le résultat de l’inflation sur le pouvoir d’achat des consommateurs ? Elle diminue la quantité de biens qu’ils peuvent acquérir avec une somme donnée. 

5. Dites, pour chacun de ces secteurs : produits frais, tabac, énergie, logement, quelle est, selon vous, l’origine des hausses :

produits frais : par exemple, le prix des fruits et légumes repose sur l’équilibre entre l’offre et la demande. Ce prix subit des variations car il est fixé en fonction de l’abondance de la récolte (incidents climatiques), du moment de la récolte (saisons), des différences de variété et des modes de production. Si le prix du blé augmente à cause d’intempéries, les aliments pour bétail subissent une hausse, donc le coût de la viande s’en ressent.

tabac : depuis la loi Evin de 1991, pour lutter contre le tabagisme, l’Etat pratique une politique de hausse des taxes sur le tabac, ce qui a pour résultat d’en faire augmenter le prix.

énergie : la hausse du coût du pétrole s’explique par une forte demande mondiale émanant notamment de

la Chine

, désormais second importateur mondial après les Etats-Unis ; par des tensions géopolitiques (menace d’une intervention militaire des Etats-Unis contre l’Iran, 4ème producteur mondial de pétrole ; tensions au Pakistan : crise soulevée par les activités terroristes du KDD, parti des travailleurs du Kurdistan, qui a envenimé les relations entre Bagdad et Ankara, créant des inquiétudes autour d’une interruption éventuelle de la production pétrolière dans le nord irakien ; tensions au Nigeria, au Moyen-Orient)

logement : loi de l’offre et de la demande : le marché de l’immobilier en France se caractérise par une demande supérieure à l’offre (pénurie de logements), ce qui entraîne l’élévation des prix. De plus, les loyers sont indexés sur l’indice des prix (rapport entre le prix d’un bien ou d’un service à une période donnée et le prix du même produit à une période de référence prenant la valeur 100).

6. Les prévisions des experts pour 2008 sont-elles optimistes ou pessimistes ? Pessimistes car ils pensent que l’inflation va continuer.

7. Quel est l’objectif principal de

la Banque

centrale européenne ? Est-il atteint ? Il s’agit de maintenir l’inflation dans la zone euro à moins de 2%. Cet objectif n’est pas atteint.

8. Expliquez le dilemme de

la Banque

centrale européenne : quelles sont les conséquences sur l’économie, selon qu’elle décide de relever ou de baisser les taux d’intérêts ? Elle est écartelée entre réduire l’inflation et ne pas ralentir la croissance.

Soit elle baisse les taux d’intérêts directeurs, ce qui incitera les ménages à consommer et les entreprises à investir car les taux d’intérêts d’emprunts seront plus bas et cela va dynamiser la croissance. Soit elle ne les baisse pas pour lutter contre l’inflation.

Document  3

Evolution des prix entre octobre 2006 et octobre 2007 :

SOJA :    + 150%

LAIT   :    +  90%

BLE    :    +  70%

CACAO : + 15%

Document 4

Les prix alimentaires continueront à croître

La hausse des cours des matières agricoles commence seulement à se répercuter sur les produits.

N’en déplaise aux consommateurs, les prix de l’alimentaire vont continuer à augmenter cette année. « La hausse des prix pourrait même s’accélérer au premier semestre », prévoit Eric Dubois, économiste à l’Insee. Selon cet institut, les prix dans l’alimentaire ont augmenté de 3,1% entre décembre 2006 et décembre 2007. En juin prochain, la hausse sera de 3,9% par rapport à juin 2007. En réalité, l’augmentation des matières premières a débuté fin 2006 mais c’est seulement maintenant qu’elle va commencer à se répercuter sérieusement sur les produits alimentaires. Jusqu’à présent, les prix étaient encore à peu près contenus par la concurrence entre les distributeurs. « Sur l’ensemble de l’année, la concurrence peut faire baisser les prix de l’ordre de 0,2 à 0,3 point », indique Eric Dubois. Surtout, la grande distribution a freiné au maximum les demandes de hausse de l’industrie agroalimentaire. Confrontée au même problème sur ses propres marques, la grande distribution a commencé à passer des hausses sur les produits les plus sensibles comme les pâtes, l’huile, les laitages, le pain, les biscuits ou encore les glaces.

Détente au second semestre

Le second semestre 2008 est très attendu car il pourrait amorcer une première détente des prix. Selon plusieurs observateurs, le cours des matières premières agricoles, élément clé du 

problème, pourrait se stabiliser. L’année 2007 s’est terminée à des niveaux records. Le soja est au plus haut depuis 1973, à 13 dollars le boisseau ; le maïs dépasse les 5 dollars, soit un record depuis au moins 1922, tandis que le cours du blé atteint de nouveaux sommets à 8 dollars le boisseau. « Si les récoltes sont optimum, c’est-à-dire sans catastrophe climatique, nous pourrions espérer une reconstitution partielle des stocks et donc un début de détente sur les cours », prévient l’économiste Philippe Chalmain. Mais le moindre incident pourrait avoir des répercussions dramatiques.

Car la demande, malgré les tensions inflationnistes, reste soutenue dans les pays émergents. Et la pression sur les marchés issue de la demande en agrocarburants a peu d’incidence en Europe sur les prix, elle continue de peser sur les marchés mondiaux, notamment sur les cours de l’huile et du maïs. « Il y a près d’une centaine d’usines d’éthanol qui sont opérationnelles aux Etats-Unis et qu’il faut alimenter en maïs », rappelle Hervé Guyomard, directeur scientifique à l’Inra.

Le monde agricole a déjà commencé à s’adapter à cette forte demande. Mais les effets ne sont pas immédiats. Les prix élevés incitent à l’augmentation des surfaces cultivées. Les biocarburants devraient accaparer 12% des terres agricoles au cours des dix prochaines années, selon une étude du Crédit Suisse. En Europe, la suppression des jachères, la fin progressive des quotas laitiers ou des taxes à l’importation sont autant d’outils pour relancer la production.

Il reste des inconnues, à commencer par la future réforme de

la PAC

qui devra tenir compte de ce contexte.

THIEBAULT DROMARD

VOCABULAIRE :

boisseau : ancienne mesure de capacité pour les grains et les matières premières, restée en usage dans les pays anglo-saxons pour les céréales ; le boisseau de Paris contenait environ

12,5 l

.

pays émergents : pays en voie de développement. Leur PIB par habitant est inférieur à celui des pays développés, mais ils vivent une croissance économique rapide, et leur niveau de vie converge vers celui des pays développés.

éthanol : alcool dérivé de l’éthane, hydrocarbure gazeux, utilisé comme combustible, une fois  mélangé à de l’essence

Inra : Institut national de la recherche agronomique. Créé en 1946, cet établissement public effectue des travaux de recherche dans le domaine de l’agriculture.

jachère : terre non cultivée temporairement

PAC :

la Politique

agricole commune a été mise en place dès 1962 à l'échelle de l'Union européenne. Elle est basée principalement sur des mesures de soutien des prix et de subventionnement, visant à moderniser et développer l'agriculture.

La PAC

s’applique aussi aux produits de la pêche ainsi qu’aux produits de première transformation.

1.      En vous aidant du document 3, dites pourquoi le prix des produits alimentaires a augmenté. Donnez des exemples de produits concernés au quotidien. La hausse du prix des matières premières alimentaires se répercute directement sur le coût des denrées alimentaires. Par exemple, la hausse du prix du blé a des conséquences sur celui du pain, des croissants, des pâtes ; celui du lait se répercute sur celui des yaourts, des glaces … [En ce qui concerne le prix du pain, le reportage intitulé « Quand la baguette augmente, qui s’enrichit ? », diffusé dans Capital : « Pouvoir d’achat : révélations sur la flambée des prix » le 20/01/2008 sur M6 évoque aussi une hausse du coût de la main d’œuvre et des loyers des fonds de commerce, selon leur emplacement.]

2.      Quelles sont les deux raisons pour lesquelles le prix des céréales a progressé ?

En raison du phénomène de l’offre et de la demande : les pays émergents en consomment de plus en plus (Chine, Inde …), tandis que les pays industrialisés en utilisent eux aussi de plus en plus pour fabriquer des agrocarburants, comme alternative au pétrole dont le coût flambe.

3. Par quelles mesures l’Union européenne peut-elle répondre à cette demande croissante de céréales ?

En réformant

la PAC

pour aboutir à plus de surfaces cultivées.

Conclusion : Synthèse sur la loi de l’offre et de la demande, source d’inflation, illustrée d’un exemple.

Notions à utiliser :  produit - quantité - variation - prix - équilibre – ajustement